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Le Changement climatique

COP 21, Un accord ambitieux

Un accord historique, qui marque une nouvelle ère par son caractère universel, et par l’association des acteurs de la société civile à cette profonde mutation. Un accord ambitieux, qui nous permette vraiment de limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle…

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Grands Entretiens

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M. François HOLLANDE, Président de la République

Avant-Propos

Du 30 novembre au 11 décembre prochains, la France accueillera la 21ème conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la plus vaste conférence internationale jamais organisée par la France. L’organisation de cet évènement exceptionnel est déjà un défi en soi pour l’ensemble des services de l’Etat.

 

C’est surtout une grande responsabilité pour notre pays. Il y a en effet urgence à agir pour limiter le réchauffement climatique, dû essentiellement aux activités humaines et à la combustion des énergies fossiles, comme en attestent les travaux des scientifiques au sein du GIEC.

Le changement climatique n’est pas une question sectorielle, qu’il faudrait traiter à part, en aval de tous les autres sujets jugés plus prioritaires. Ses impacts se font déjà sentir partout dans le monde, y compris dans notre pays, avec des coûts croissants en termes humains, économiques et sociaux. L’inaction aurait des conséquences d’une extrême gravité. Sur notre propre mode de vie. Et sur la vie même de certaines espèces.

Le réchauffement climatique aggrave le dénuement des populations les plus pauvres, pousse aujourd’hui des millions de personnes à fuir des régions devenues inhabitables, où prospèrent alors les trafics de toutes sortes. La question des migrations, qui interpelle si fortement aujourd’hui l’Union européenne, ne pourra être traitée sans établir le lien entre sécurité et développement durable, partie intégrante aujourd’hui de la résolution de conflits aux causes multiples.

A tous les niveaux, la France s’engage pour le climat. Elle met en œuvre résolument la transition énergétique et la croissance verte sur son territoire, y compris en outremer. Elle travaille à ce que l’Union européenne se dote d’une politique énergétique plus cohérente et plus ambitieuse. L’objectif enfin est de conclure à Paris un accord universel à la hauteur des enjeux.

QUEL ACCORD CHERCHONS-NOUS ?

  • Un accord historique, qui marque une nouvelle ère par son caractère universel, et par l’association des acteurs de la société civile à cette profonde mutation.
  • Un accord ambitieux, qui nous permette vraiment de limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, comme le recommandent les scientifiques.
  • Un accord dynamique, qui trace des trajectoires lisibles et réalisables.
  • Un accord différencié selon les responsabilités et les capacités de chaque pays.
  • Un accord crédible, qui donne le signal fort tant attendu des acteurs économiques et financiers pour engager la transformation économique et technologique.
  • Un accord soutenu par des financements à la hauteur des enjeux, conformément aux engagements pris, qui répondent aux besoins des pays les plus vulnérables.

 

Bref, un accord facteur de progrès et de coopération pour un monde plus humain.

Pour réussir, nous avons besoin non seulement du savoir-faire de nos diplomates pour faire aboutir la négociation, mais aussi de la mobilisation de tous les acteurs de la société. Nos administrations doivent être pleinement engagées et intégrer l’enjeu écologique, dans l’ensemble des politiques publiques qu’elles ont à mettre en œuvre, à tous les échelons.

Déjà beaucoup d’initiatives innovantes ont été prises, et les nouveaux contrats de plan Etat- régions font désormais une large place aux projets liés à la transition énergétique élaborés avec l’ensemble des responsables des territoires concernés. Nos expériences en matière de ville durable et d’aménagement du territoire sont de plus en plus reconnues dans le monde entier.

La transition énergétique ne constitue pas une contrainte. Elle est une source de formidables opportunités à saisir pour inventer les activités et les emplois de demain, et tracer des perspectives pour les jeunes générations tout particulièrement.

La mobilisation croissante des États, des régions, des entreprises, de la société civile pour trouver les solutions adéquates en mesure de relever le défi climatique, traduit l’ardent espoir suscité par le grand rendez-vous de décembre 2015 à Paris d’un développement plus durable et équitable.

Il est de notre devoir de le concrétiser.

 

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Tous acteurs de la transition énergétique, tous mobilisés pour la réussite du sommet Paris Climat

Mme Ségolène ROYAL, Ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie

Pour que la Conférence de Paris sur le climat débouche sur des résultats à la hauteur des enjeux de la lutte contre le dérèglement clima- tique, il ne faut pas seulement que les Etats prennent ensemble des engagements ambitieux : il faut que toutes les forces vives de la société civile, les citoyens, les entreprises, les territoires, se mobilisent pour agir dans la même direction.

LA FRANCE A FAIT LE CHOIX D’ÊTRE EXEMPLAIRE

Elle est le seul pays à avoir donné force de loi aux objectifs qu’elle s’est fixés, avec l’Union européenne, et aux moyens de les atteindre.

Avec la promulgation, le 17 août 2015, de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte et avec les plans d’action qui l’accompagnent, notre pays engage de manière irréversible la construction de son nouveau modèle énergétique.

C’est, à ce jour, la législation la plus complète, en Europe et dans le monde. Un outil pour agir, ici et maintenant. Un atout pour convaincre et entraîner tous les pays qui participeront en décembre au Sommet de Paris.

Les grandes orientations à court et moyen terme y sont clairement indiquées. Elles permettent à tous les acteurs de prendre leurs décisions en connaissance de cause et sécurisent les investissements nécessaires.

 

Le premier grand chantier

C’est l’efficacité énergétique des bâtiments et des logements car l’énergie la plus protectrice du climat et la moins chère, c’est celle qu’on ne consomme pas. Rénover les constructions existantes, développer l’éco-construction et les bâtiments à énergie passive ou positive, cela permet de baisser les charges des ménages, des entreprises et des collectivités.

Ce sont aussi plus d’activités pour le secteur du bâtiment, des grands groupes aux PME et artisans, et plus d’emplois (75.000 emplois supplémentaires selon les fédérations professionnelles).

La création du crédit d’impôt de 30% (dans la limite de 8.000 euros pour une personne seule ou de 16.000 euros pour un couple) et d’un éco-prêt à taux zéro simplifié, la mise en place par les Régions du tiers financement (pour faire aux particuliers l’avance du coût des travaux), la généralisation dans tous les territoires des plateformes de la rénovation énergétique sont autant de moyens concrets et accessibles à chacun pour lancer sans tarder des travaux d’isolation et de performance énergétique.

 

Le deuxième grand chantier

Il concerne les transports propres, pour réduire la pollution de l’air, préparer l’après-pétrole et accélérer le remplacement du parc de voitures (particulières et utilitaires), de camions, de cars, de bus par des véhicules faiblement émetteurs.

Le nouveau bonus de 10.000 euros pour remplacer un vieux diésel par une voiture électrique est en place depuis avril 2015 et le plan de déploiement de 7 millions de points de recharge est lancé. La loi fait également obligation aux administrations, lorsqu’elles renouvellent leur flotte, d’acquérir au moins 50% de véhicules propres.

 

Troisième chantier

La lutte contre les gaspillages. La loi inscrit pour la première fois dans notre droit positif l’économie circulaire qui fait des déchets des uns la matière première des autres et englobe tout le cycle de vie des produits, de leur conception à leur recyclage.
L’appel à projets « Territoires zéro déchet, zéro gaspillage », lancé par le Ministère de l’Ecologie, a déjà suscité l’engagement de 293 collectivités qui rassemblent, dans toutes les régions, plus de 7,5 millions d’habitants et cette dynamique va s’amplifier.

 

Le quatrième chantier

C’est la montée en puissance de toutes les énergies renouvelables qui deviennent de plus en plus compétitives : éoliennes (qui viennent d’atteindre 10.000 MW de puissance installée), solaires (le photovoltaïque dépasse les 6.000 MW), marines, biomasse, géothermie, hydraulique…
Visibilité des objectifs pour les entreprises et les collectivités, implication des citoyens grâce au nouvel investissement participatif, simplification avec le permis unique : la loi et les appels à projets qui l’accompagnent permettent de changer d’échelle.

 

Plus de 300 contrats de territoires à énergie positive ont déjà été signés par des villes et des groupements de communes qui s’engagent à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de l’éclairage public, à promouvoir des modes de transports propres, à gérer plus efficacement leurs déchets, à produire localement des énergies vertes, à déployer des compteurs intelligents qui permettent à chacun de maîtriser sa consommation, à protéger et valoriser la biodiversité, à développer l’éducation à l’environnement.
Ces territoires moteurs de la mutation écologique bénéficient de subventions du nouveau fonds de financement de la transition énergétique géré par la Caisse des dépôts.
Nombre de dispositions de la nouvelle loi sont d’application immédiate. Présidente pendant dix ans d’une Région qui a fait le choix de l’excellence environnementale, je sais de quel dynamisme nos territoires sont capables quand l’élan est donné, les freins levés et des moyens d’agir opérationnels mis en place.

Pour la croissance verte, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’engager, comme l’a montré le Business Summit organisé à Paris en mai dernier dans le cadre de la préparation de la COP 21.

En France, grands groupes et PME se mobilisent avec l’aide des appels d’offre du Ministère de l’Ecologie, du Programme des investissements d’avenir et de BPI France, la banque de la transition énergétique et écologique. Innovation technologique, développement de filières d’avenir, création d’activités nouvelles et d’emplois durables, gains de compétitivité et conquête de marchés à l’international : nos entreprises, confortées par les choix clairs de la loi, prennent activement le tournant de la nouvelle économie climatique.

La clef de la réussite, c’est la mobilisation de tous les Français, dès lors qu’ils sont conscients des enjeux du dérèglement climatique, convaincus que chacun peut agir à son échelle et que ce qui est bon pour le climat l’est aussi pour eux : pour l’emploi, pour le pouvoir d’achat, pour la santé.

C’est dire l’importance de l’éducation précoce à l’environnement, du partage de l’information, de la proximité des plateformes de conseil sur la transition énergétique, de la simplicité des aides mises à la disposition de chacun et de l’association de tous les citoyens aux décisions qui les concernent.

La Conférence de Paris Climat 2015 mettra en valeur le foisonnement d’initiatives de la société civile et de solutions concrètes à portée de toutes les mains. L’Espace Génération Climat leur sera dédié et les demandes affluent pour y tenir un stand ou animer une rencontre. Un espace réservé aux entreprises, également sur le site du Bourget, constituera une véritable vitrine des technologies et de l’excellence françaises.

Dans tout le pays, en relation avec ce grand rendez-vous mondial et avec le nouvel horizon de notre propre mutation énergétique, des centaines de projets économiques, technologiques, civiques, éducatifs, artistiques et même sportifs témoignent que la prise de conscience, la créativité et le désir d’agir sont là. C’est un bel encouragement pour réussir le Sommet que nous accueillons et en faire un moment d’accélération, pour la France et tous les pays du monde.

 

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Les enjeux de la conférence PARIS CLIMAT 2015

M. Laurent FABIUS, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international

2015 sera pour la France, et en particulier pour le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, une « année climat ». Nous aurons la double tâche d’accueillir la 21e Conférence des Nations Unies sur le climat – la COP 21 – et de la présider. Elle aura lieu du 30 novembre au 11 décembre de cette année.

 

ACCUEILLIR : LE DÉFI N’EST PAS MINCE

M. LAURENT FABIUS

Il s’agira de la plus vaste conférence internationale jamais organisée en France – 20 000 délégués, 20 000 invités, 3 000 journalistes. En tant que pays hôte, la France devra aménager un accueil à la hauteur de l’enjeu. Nous devrons d’abord faire du Parc des expositions Paris-Le Bourget le cadre adéquat pour les négociations : dans ces conférences, les discussions sont longues, difficiles ; nous devrons permettre qu’elles aient lieu dans des conditions matérielles favorables. Nous devrons associer largement la société civile : c’est l’objectif du « village » que nous installerons à proximité du centre de conférences et qui sera consacré à la mise en valeur d’initiatives non gouvernementales, notamment celles des entreprises, des villes, des régions ou des associations. Nous devrons faire en sorte que la COP 21 soit irréprochable sur le plan environnemental et que son empreinte carbone soit compensée. Accueillir de façon exemplaire, donc.

 

IL NOUS FAUDRA AUSSI PRÉSIDER LA COP 21

La tâche s’annonce exaltante, car l’urgence n’a jamais été aussi forte, et l’espoir de parvenir à un accord historique pour la préservation de notre planète jamais aussi grand. Mais cette tâche est aussi très complexe car il s’agit de mettre d’accord 195 pays, sur un sujet très ardu : les obstacles ne manqueront pas.

D’abord, sur le diagnostic, soyons lucides : si l’on dresse le bilan de la négociation internationale sur le dérèglement climatique, l’échec a été malheureusement la règle, le succès l’exception. A l’exception du protocole de Kyoto, la négociation internationale sur le climat a été une suite d’espoirs déçus. Copenhague en 2009 a déçu, même si pour la première fois, les Etats-Unis et un certain nombre de pays émergents ont pris des engagements chiffrés, bien que non contraignants. En 2012 à Doha, le protocole de Kyoto a pu être prolongé jusqu’en 2020. Mais la réponse collective a été globalement très en-deçà de l’ampleur du défi climatique. Le niveau des émissions de gaz à effet de serre a récemment atteint un record. Nous sommes sur le chemin d’une hausse moyenne des températures de trois à quatre degrés – un scénario catastrophe.

Pour autant, pour la première fois depuis Copenhague, l’espoir d’un accord substantiel à Paris en décembre 2015 est réel. Je vois au moins trois grandes raisons. D’abord, beaucoup ont compris qu’il fallait agir. Aujourd’hui, presque tous les pays du monde sont conscients de la gravité de la situation. Le climato-scepticisme recule. Le sentiment d’urgence progresse. Les constats des scientifiques ont leur part importante dans cette évolution : chaque rapport du GIEC est un coup porté à ceux qui ne veulent pas voir la réalité en face. Mais, plus intuitivement, des phénomènes comme la pollution croissante, la montée des océans, la déforestation sont des aiguillons puissants pour l’action. Les pays émergents prennent conscience de leur vulnérabilité.

Ensuite, nous savons que nous disposons de moyens pour agir. Les solutions technologiques sont là et elles sont de plus en plus abordables. Produire propre ne sera bientôt pas plus cher que de produire polluant. Là encore, il s’agit d’une évolution très nette.

Enfin, la volonté politique s’est renforcée. Les derniers mois de 2014 ont été, dans ce domaine, positives. En septembre, le sommet sur le climat organisé à New York par le Secrétaire général des Nations Unies a été une réussite. En octobre, l’Union européenne a été la première à présenter son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre après 2020 : réduction d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, ce qui constitue l’engagement climatique le plus ambitieux au monde à ce stade. La France, pays de la loi sur la transition énergétique, a joué un rôle important pour pousser à cet accord, qui n’a pas été facile à atteindre. En novembre l’accord entre la Chine et les Etats-Unis a marqué un tournant : les deux pays les plus pollueurs – qui représentent à eux deux plus de 40 % du total mondial des émissions de gaz à effet de serre – ont annoncé leur intention de réduire leurs émissions, la Chine fixant un pic autour de 2030, et « si possible avant ». Enfin, le Fonds vert pour le climat a été capitalisé à hauteur de 10,2 milliards de dollars, ce qui était l’objectif. La France avait lancé le mouvement en septembre à New York, en annonçant une contribution d’un milliard de dollars.

 

 

Lors de la COP 20 à Lima, en décembre, les discussions ont été difficiles, même si nous avons réussi l’essentiel : éviter un blocage ; obtenir une décision qui constitue une base de travail pour l’année qui s’ouvre ; définir le contenu et le processus d’évaluation des contributions nationales. Nous devons faire preuve, en ce début 2015, d’un optimisme mobilisateur, qui incite à l’action.

Dans notre esprit, l’accord de Paris en décembre prochain pourrait être constitué de quatre piliers : l’accord intergouvernemental, portant sur les objectifs communs, les droits et les devoirs de chacun, les règles de suivi ; les engagements nationaux, notamment de réduction des émissions ; un accompagnement financier et technologique, notamment en faveur des pays les plus vulnérables – l’Afrique, les petites îles du groupe AOSIS, sans exclure des pays émergents comme l’Inde –, que nous devons aider à relever le défi de la transition vers une économie sobre en carbone ; des engagements et des actions complémentaires, émanant notamment d’acteurs non gouvernementaux : villes, régions, entreprises, société civile – ce que nous appelons « l’agenda des solutions ».

Pour parvenir à cet accord, beaucoup reste évidemment à faire. Nous allons travailler précisément sur les points qui restent en suspens. Personnellement, je consacrerai au moins la moitié de mon temps à ce sujet en 2015, avec plusieurs mots d’ordre. L’écoute, parce que l’une des clés du succès réside dans la prise en compte des différences de situation entre les pays. L’esprit de compromis, parce que parvenir à un accord universel implique de rassembler 196 parties avec l’Union européenne sur des sujets lourds, qui nous engagent pour des décennies. L’ambition, enfin, parce que sans accord ambitieux, nous ne serons pas à la hauteur de l’enjeu, qui est de limiter la hausse des températures à 2°C par rapport au niveau pré-industriel : ce sera très difficile, mais c’est un enjeu de survie pour de nombreuses régions du globe, de maintien d’un environnement vivable pour les autres, et de vie ou de disparition pour des dizaines de millions d’habitants sur notre planète.

La France devra aussi porter un discours positif sur le climat : tous les acteurs – Etats, mais aussi régions, villes, entreprises – doivent mesurer que la lutte contre le dérèglement climatique constitue non seulement une nécessité, mais aussi une opportunité. C’est l’occasion, pour la planète tout entière, de définir de nouveaux modèles de développement, porteurs de croissance et d’emplois. Il s’agit d’un point majeur : la négociation se jouera pour partie sur le terrain des valeurs – la solidarité à l’égard des générations futures, la préservation nécessaire de notre planète –, mais elle se gagnera aussi sur le terrain économique. Ce que l’on demande aux différents pays, c’est de repenser leur modèle de développement pour les prochaines décennies, ce qui implique qu’on apporte également à ces pays des solutions. Pour ne prendre qu’un exemple, on ne convaincra pas l’Inde, dont 40 % de la population n’a pas accès à l’électricité, de ralentir sa production électrique ou de ne pas construire de centrale à charbon si elle n’a pas d’autre solution crédible. Face à une réalité si brute, les postures stigmatisantes sont de peu d’effet – voire contre-productives. Et reconnaissons que, sur la question climatique, l’Occident industrialisé a pu parfois céder à cette facilité. L’Union européenne a raison de viser l’idéal ; mais elle doit aussi comprendre la réalité de ceux qui n’ont pas connu la même trajectoire de développement qu’elle.

C’est pourquoi j’entamerai dès janvier un « tour du monde du climat », qui me conduira notamment en Inde, en Chine, et dans plusieurs autres pays émergents, afin d’identifier avec eux comment nous pouvons collectivement, par des solutions concrètes et crédibles, les accompagner dans leur transition écologique. Nous devons associer pour réussir.

Associer les Etats, mais aussi les acteurs du secteur privé, qui auront à se mobiliser pour prendre des engagements volontaires – c’est tout l’esprit de l’agenda des solutions. Les entreprises doivent nous aider à identifier les leviers permettant d’accélérer la décarbonation des économies des pays émergents. Chacun doit saisir l’occasion de contribuer à la solution d’ensemble.

La France, en tant que présidente de la COP 21, ne ménagera pas ses efforts tout au long de l’année 2015. Le Ministère des Affaires étrangères et du Développement sera à la pointe de ce combat pour le climat. Mais seule une mobilisation collective peut nous conduire au succès. Le travail qui nous attend constitue sans doute le défi le plus important, le plus grave aussi, auquel ait à faire face notre génération. D’ici à décembre 2015, en cette année décisive pour l’avenir de notre planète, il nous faudra nous montrer à la hauteur des enjeux.

 

Sources : Reproduit avec l’aimable autorisation de la Revue « L’ENA hors les murs ».

 

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Etat des lieux des connaissances

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Climat : responsabilités et esprit d’innovation

M. Gilles BERHAULT, Président du Comité 21 et du Club France Développement durable, Organisateur et porte-parole de Solutions COP 21

LA RESPONSABILITÉ DE L’ACTION ?

M. GILLES BERHAULT

Les enjeux climatiques s’imposent de plus en plus fortement dans notre société du XXIème siècle, interrogeant sur les conditions mêmes de pérennisation des activités humaines : alimentation, mobilité, habitat, loisirs, travail, santé… la préservation de nos conditions de vie. C’est d’autant plus vrai que la rupture des équilibres climatiques renforce les risques pour la santé, comme les allergies respiratoires. De nouvelles tensions peuvent apparaître, du fait du réchauffement global, mais surtout de la fréquence d’aléas climatiques majeurs qui augmentent les difficultés de toutes les personnes en précarité. C’est enfin une question globale de sécurisation alimentaire et sanitaire.

Face à ces enjeux, l’accès aux ressources et la viabilité technologique sont questionnés. Le développement ne pourra plus se fonder sur ces énergies peu chères et faciles à transporter, mais très polluantes, que sont les fossiles. Plus globalement, le développement des territoires ne pourra se faire qu’en désolidarisant les courbes de progression de qualité de vie et d’accès aux services de celle de l’évolution des émissions de gaz à effets de serre. Cela va engendrer de vraies ruptures économiques et sociétales aussi importantes qu’a pu l’être la révolution numérique. Des mutations sont à prévoir à court terme ; des solutions sont à trouver. Les responsables politiques, économiques, administratifs doivent encore plus anticiper, dans de nouvelles transversalités. Comment, notamment, préparer une politique d’aménagement du territoire sans tenir compte du renforcement des allergies, de la transformation des modes de travail, de « l’ubérisation » de l’économie et de bien d’autres paramètres nouveaux ? La question climatique est, avant tout, une prise de responsabilités partagée. Pour ceux qui agissent (élus, représentants de l’administration, dirigeants d’entreprises, enseignants et chercheurs, responsables associatifs…), c’est l’opportunité d’une mobilisation globale et non politisée. La diminution drastique de ses impacts environnementaux par chaque organisation, ne pourra se faire que dans un dialogue structuré et permanent avec l’ensemble de ses parties prenantes. La baisse à court terme des émissions de carbone (conjointement à un usage diminué de toutes les ressources en une économie circulaire) ne sera pas que le fait des Gouvernements et de l’ONU.

UNE CONFÉRENCE ONUSIENNE DIFFÉRENTE ?

La 21ème conférence des parties des Nations Unies, la COP 21, réunira ses 196 membres en décembre 2015 à Paris. Chaque année, ces grandes conférences – et toutes les réunions intermédiaires de préparation – permettent des avancées, souvent insuffisantes, mais réelles. Certaines ont marqué, comme celle qui a permis la signature du Protocole de Kyoto en 1997. D’autres COP ont eu un bilan plus contrasté, comme Copenhague 2009 ou Lima 2014. Paris décembre 2015 correspondra à la fin d’un cycle de négociation ; ce sera aussi le temps de la confirmation par chaque pays de ses objectifs concrets. L’Europe a ainsi annoncé une ambition de baisse de ses émissions de CO2 de 40% à échéance de 2030.

L’objectif de la COP 21 est la signature d’un accord contraignant et ambitieux signé à l’unanimité par les 196 « parties » de la négociation ; les prochaines COP, Marrakech en 2016, pourraient alors être plus orientées sur la mise en œuvre concrète d’une feuille de route climat. Bien évidemment, cela repose sur une dimension nouvelle de la diplomatie, la prise en compte globale du climat comme « bien commun mondial ». Habituellement, chacun vient plutôt défendre les intérêts de son pays. Les négociateurs sauront-ils passer à une démarche globale d’intérêt collectif à long terme ? C’est directement le rôle du Président de la COP 21, qu’assurera Laurent Fabius, à partir du 30 novembre 2015 et pour un an.

UNE FEUILLE DE ROUTE DES SOLUTIONS

Nous ne pourrons attendre 2020 pour agir : c’est l’alerte du GIEC. Des évolutions irréversibles sont déjà en cours. Le Comité 21 a donc souhaité mobiliser tous les acteurs de la société sur l’importance d’accélérer la mise en œuvre de solutions à tous les niveaux territoriaux, comme dans tous les secteurs de l’économie. En effet, des expériences très positives sont menées dans tous les domaines ; elles concernent toutes les activités humaines : agriculture, énergies, mobilité, habitat, modes de vie, industrie… Il faut maintenant changer d’échelle, passer à une généralisation de ces pratiques, sans oublier, bien sûr, de créer de grandes alliances pour la recherche et l’innovation pour l’atténuation comme pour l’adaptation.

Cette COP pas comme les autres de décembre 2015 est l’opportunité de démontrer, y compris aux négociateurs, que cette société est en train de bouger, que, si le signal des Etats est fort, ce sera un encouragement fort à l’accélération des mutations nécessaires. Mais pour que le passage à l’action soit rapide, les « solutions climat » du monde entier devront être visibles, démontrant qu’elles peuvent répondre aux besoins de produits et de services de la société post carbone, post « Paris 2015 ». Nous devons en cela retrouver la confiance en l’avenir, et donc aussi en les élus et les chefs d’entreprises, qui ont trop perdu de crédibilité sur ces sujets.

SOLUTIONS COP 21 AU GRAND PALAIS

Nous ne pourrons attendre 2020 pour agir : c’est l’alerte du GIEC. Des évolutions irréversibles sont déjà en cours

Il a été créé, dans la perspective de la conférence Paris Climat 2015 (COP 21) par le Comité 21 et le Club France Développement durable, « Solutions COP 21 » qui est l’initiative centrale et multi-acteurs, avec pour but de donner à voir les solutions climat déve- loppées par tous. Entreprises, institutions, territoires, agences gouvernementales, centres de recherche et associations/ONG s’allient pour démontrer qu’une partie de la réponse aux problèmes climatiques est dans la généralisation de solutions. Solutions COP 21 a pour ambition de montrer que l’humanité peut continuer à se développer, non pas dans un monde de restrictions, de culpabilité et de contraintes, mais dans une approche positive, optimiste, au cœur d’une démarche globale de développement durable, qui place la préservation du climat au cœur des priorités. C’est bien tout l’esprit des expositions universelles du début du XXème siècle, celui d’une société qui a envie d’innovation et de progrès et qui est en capacité d’accompagner solidairement tous ceux qui sont en précarité. C’est pour cela que le Grand Palais, encore porteur de l’esprit positif des expositions universelles du début du XXème siècle, a été choisi comme point nodal au cœur de Paris de tout un dispositif de valorisation des solutions. Le projet intègre aussi un « hub » sur internet ouvert dès le début d’année 2015, où chaque structure peut présenter des réalisations duplicables.

Du 4 au 10 décembre, tous les publics seront accueillis au Grand Palais pour des démonstrations, des expositions, des débats, des conférences (plus de 200), des installations des plus grands artistes contemporains, des projections. Plus de 300 partenaires ont été associés à la préparation d’un événement unique qui recevra plus de 50 000 personnes : acteurs des territoires, de l’administration, de l’économie, des médias. Le grand public, pleinement concerné, sera aussi accueilli gratuitement sous la nef de ce lieu exceptionnel.

ALLIANCE MULTI-ACTEURS
POUR AUJOURD’HUI ET DEMAIN

Globalement, nous pouvons considérer que le fait d’accueillir la COP 21 en France est à la fois une responsabilité face aux autres pays et à l’avenir, mais aussi l’opportunité d’accélérer les mutations. L’effervescence actuelle, fortement encouragée par le Président de la République, est l’opportunité d’une grande alliance à tous les niveaux des territoires autour de la question climatique.

Nous avons besoin d’innover et de partager, et surtout d’inventer une nouvelle démocratie climatique, fondée sur la contribution et de nouveaux partenariats. Tous ceux qui ont une responsabilité publique sont concernés. Chacun peut prendre sa part d’innovation territoriale climatique.

 

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Le climat en France au 21ème siècle

les scénarios de changements climatiques jusqu’en 2100

M. Jean JOUZEL, Climatologue et glaciologue, Prix Nobel, Directeur de recherche au CEA

LES CONCLUSIONS DU DERNIER RAPPORT DU GIEC SONT CLAIRES

M. JEAN JOUZEL

Le réchauffement climatique observé depuis le milieu du 20ème siècle est sans équivoque, sans précédent depuis des décennies, voire des millénaires, et il est extrêmement probable que l’influence de l’homme en est la cause principale. De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique avec des impacts importants dès la seconde partie de ce siècle. Au-delà de ces conclusions à caractère global qu’en est-il pour la France ?

La série de rapports sur « le climat France au 21ème siècle » éclaire cette question. Ces documents répondent à une demande du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, d’établir une « synthèse approfondie sur les scénarios de référence à considérer pour la mise en œuvre du plan national d’adaptation français au changement climatique », dans le cadre d’une mission de coordination qui m’a été confiée par Chantal Jouanno en juillet 2010. Chaque année, ce rapport, réalisé en collaboration avec l’ONERC (Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique) aborde des aspects différents. Celui publié en 2014 permet de décliner les nouveaux scénarios du GIEC régionalisés pour la métropole et les régions d’outre-mer, grâce à un couplage avec des modèles climatiques régionaux réalisé par le CNRM (Centre National de Recherches Météorologiques de Météo-France) et l’IPSL (Institut Pierre Simon Laplace) en collaboration avec l’INERIS (Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques). Le rapport 2015, auquel ont contribué des chercheurs de différents horizons, porte sur changement climatique et niveau de la mer.

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE AFFECTE L’ENSEMBLE DE LA PLANÈTE

L’année 2014 a été la plus chaude que notre pays ait connue depuis le début du 20ème siècle, et sur cette période le réchauffement, voisin de 1,3°C, y a été plus élevé qu’en moyenne globale (0,85°C). Cette amplification, observée sur la plupart des continents qui se réchauffent plus vite que les océans, vaut également pour l’évolution future de notre climat. Les simulations dont nous présentons ci-dessous les principaux résultats pour la France, ont été réalisées pour 3 des scénarios du GIEC, le scénario émetteur (RCP8.5), le scénario sobre (RCP2.6) et un des scénarios intermédiaires (RCP4.5). La régionalisation des simulations globales de départ a été réalisée de façon de passer de la résolution la plus basse utilisée par les modèles globaux, de l’ordre de 200 km, à une résolution de 12 km. En dehors de la France métropolitaine, le CNRM a suivi la même approche pour la Polynésie, la Réunion, la Nouvelle-Calédonie et les Antilles. Les principales variables climatiques disponibles portent sur les températures et précipitations moyennes, les indices de vagues de froid, de chaleur, de sécheresse et de précipitations extrêmes. Le rapport s’est attaché à représenter le plus correctement possible les incertitudes en analysant un ensemble plus large de simulations. Par souci de lisibilité, nous ne citerons pas systématiquement ces estimations de l’incertitude mais nous invitons le lecteur à se référer au rapport complet disponible sur le site de l’ONERC, l’ensemble des résultats étant accessible sur le portail DRIAS (www.driasclimat.fr). Les simulations couvrent la période 1950-2100, et, tout comme à l’échelle globale, les changements les plus marqués par rapport au climat actuel (période de référence 1976-2005) sont simulés pour la fin de cette période (2071-2100).

 

Figure : écart de la température moyenne annuelle projetée à la fin du siècle (2071-2100) par rapport à la période de référence (1976-2005) pour le scénario sobre (à gauche) et le scénario émetteur à droite, à partir de simulations réalisées par Météo-France (modèle Aladin)

 

A un horizon plus proche, d’ici une vingtaine d’années (période 2021-2050), l’évolution du climat dépend peu des scénarios d’émission des gaz à effet de serre. Cela vaut aussi bien à l’échelle planétaire que pour notre pays. Notre climat sera caractérisé par une hausse des températures moyennes comprise entre 0,6 et 1,3°C toutes saisons confondues. Cette hausse devrait être plus importante dans le Sud-Est de la France en été, pouvant y atteindre 1,5 à 2°C. Elle sera accompagnée par une augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur en été, et par une légère hausse des précipitations moyennes, en été comme en hiver, avec une forte incertitude sur la répartition géographique de ce changement. Dans le cas du scénario sobre le climat évoluerait peu entre le milieu et la fin du siècle aussi bien pour les températures moyennes dont la hausse resterait limitée à 0,9°C en hiver et à 1,3°C en été, que pour les autres paramètres, quantité et intensité des précipitations, sécheresses, vagues de chaleur.

Des réchauffements beaucoup plus importants seraient observés dans le cas du scénario émetteur avec à la fin du siècle une forte hausse des températures moyennes comprise entre 3,4 et 3,6 °C en hiver et entre 2,6 et 5,3 °C en été. Elle devrait être particulièrement marquée en allant vers le Sud-Est du pays et pourrait largement dépasser les 5°C en été ; tous les modèles s’accordent sur une répartition croissante de cette augmentation selon un axe Nord-Ouest/Sud- est. Cette hausse serait associée à une forte augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur qui pourrait dépasser les 20 jours. L’été 2003, environ 3°C plus chaud qu’un été moyen du 20ème siècle, deviendrait la norme dans la seconde partie de ce siècle avec, pour certaines des simulations, des étés caniculaires qui vers la fin du siècle pourraient être 7 à 8 °C plus chauds qu’un été de référence. Dans les régions d’outre-mer, le réchauffement, compris entre 3 et 3,5°C, serait bien marqué mais un peu moins qu’en métropole ; pour celles qui sont ou risquent d’être affectées par des cyclones tropicaux, une diminution ou une stabilisation de leur fréquence est envisagée mais les précipitations moyennes et la vitesse moyenne du vent maximal qui y seront associées augmenteraient probablement.

Enfin, il est important de noter que, dans le cas du scénario émetteur, le réchauffement se poursuit au-delà de 2100, jusqu’à 8 °C voire plus en 2300. Pour ce qui est des précipitations elles auront tendance à augmenter l’hiver et à diminuer l’été. Le taux de précipitations extrêmes serait renforcé sur une large partie du territoire mais avec une forte variabilité des zones concernées selon les modèles. Les épisodes de sécheresse augmenteraient dans une large partie Sud du pays, cette caractéristique pouvant s’étendre à l’ensemble du pays pour l’un des deux modèles. Sur l’ensemble des régions d’outre-mer, les résultats mettent en évidence une diminution des précipitations moyennes, en particulier pour la saison sèche.

L’élévation du niveau de la mer, voisine actuellement de 3 mm/an, s’accélérera en fonction du rythme d’émission des gaz à effet de serre. Les projections prennent en compte l’augmentation attendue du niveau de la mer en réponse au réchauffement des océans, à la fonte des glaciers et celle des calottes polaires : entre les périodes 1986-2005 et 2081-2100 l’élévation probable du niveau moyen mondial de la mer serait comprise entre 26 et 55 cm pour le scénario sobre et entre 45 et 82 cm pour le scénario émetteur. Il faut cependant noter que la contribution des calottes du Groenland et de l’Antarctique reste très incertaine. Une augmentation plus importante que ces fourchettes « probables » ne peut pas être exclue mais les estimations les plus fortes restent très controversées. Au-delà du XXIe siècle, l’effet de dilatation thermique de l’océan sur la hausse du niveau de la mer se poursuivra ainsi que l’augmentation liée à la fonte des calottes polaires avec, à l’échelle millénaire, un risque de disparition du Groenland ce qui correspondrait à 7 m d’élévation du niveau de la mer.

Le rapport fait un point sur les principaux impacts physiques de la montée du niveau marin (submersion marine, érosion côtière, intrusions salines dans les aquifères côtiers et des impacts sur les infrastructures côtières et portuaires). Pour l’avenir, la remontée du niveau marin sera vraisemblablement la cause principale d’aggravation de l’aléa de submersion. En France métropolitaine, les régions du Languedoc, du delta du Rhône et de l’Aquitaine sont particulièrement concernées mais le reste de la côte atlantique et la plaine de Corse orientale le sont également.

Dès à présent le recul du trait de côte s’observe sur la côte atlantique en moins de 50ans

Les impacts futurs de l’élévation du niveau marin sur le recul du trait de côte sont potentiellement très importants et l’augmentation du niveau marin pourrait engendrer une accentuation de l’extension des intrusions salines dans les aquifères côtiers. Les impacts sur les infrastructures côtières et portuaires seraient important ; ainsi pour conserver les mêmes volumes de franchissement en cas de hausse d’un mètre du niveau marin, les ouvrages perméables implantés en faible profondeur doivent être rehaussés de 2 mètres environ, et les ouvrages imperméables de 3 mètres environ.

Mieux qu’un long discours, la comparaison pour notre pays des scénarios émetteur d’une part, sobre, de l’autre, illustrent l’absolue nécessité de nous orienter à l’échelle planétaire vers un scénario peu émetteur en carbone, et donc vers un mode de développement différent de celui des dernières décennies. Cela est d’autant plus vrai que le scénario émetteur se traduirait par d’autres conséquences que celles évoquées ici, quasi disparation de nos glaciers hormis ceux de très haute altitude, diminution de l’enneigement, modifications des écosystèmes naturels, perte de biodiversité, diminution des rendements agricoles, conséquences sur la viticulture, acidification de l’océan avec des impacts sur la productivité océanique et sur les récifs coralliens, influence sur les populations, leur santé et les flux migratoires liés aux réfugiés climatiques, ….. Il est essentiel pour la Planète que la conférence de Paris se traduise par un accord ambitieux qui préserve la possibilité de limiter du réchauffement climatique à long terme à 2°C par rapport au climat préindustriel. Cela vaut aussi pour notre pays même si la France n’est pas au rang des régions les plus vulnérables face à ce réchauffement.

 

Cet article s’appuie largement sur les rapports 2014 et 2015 « Le climat sur la France au 21ème siècle, dont je remercie l’ensemble des auteurs.

NOTA:
Directeur de Recherche au CEA, Jean Jouzel a été vice-président du groupe scientifique du GIEC de 2001 à 2015. Il est co-auteur de deux ouvrages parus chez Dunod en 2015, le défi climatique : objectif 2°C avec Anne Debroise et Quel climat pour demain avec Olivier Nouallias.

 

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Les conséquences du changement climatique sur la biodiversité

M. Philippe GERMA, Directeur général du WWF France

Cet article est publié en hommage à Philippe GERMA, disparu en mer le 8 août 2015.

Philippe GERMA a toujours été engagé dans la protection de la planète à travers ses diverses fonctions auprès des Amis de la Terre, du ministère de l’Environnement, de Natixis ou du WWF et dans ses passions dont les océans faisaient partie.

Il était profondément attaché à ses convictions et à sa volonté de léguer aux générations futures une planète vivante. Le WWF reste mobilisé dans sa mission de protection de l’environnement en mémoire de son ancien Directeur général.

 

M. PHILIPPE GERMA

Le constat dressé par la dernière édition du rapport Planète Vivante du WWF est sans appel : le déclin de la biodiversité sur terre est considérable et, surtout, très rapide. Le suivi de plus de 10 000 populations de vertébrés (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens) montre une diminution de la taille de ces populations de 52% entre 1970 et 2010.

EN QUOI CE CONSTAT EST-IL GRAVE ?

Après tout, si dans quelques années, il n’y a plus d’espèces emblématiques en liberté, est-ce dramatique pour l’homme ?
Cette question, fréquemment entendue, souligne la méconnaissance du rôle joué par la biodiversité dans les processus fondamentaux qui sous-tendent le fonctionnement des écosystèmes terrestres et marins à la base de la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est, par exemple, le rôle fondamental joué par les micro-organismes du sol dans les cycles du carbone, de l’oxygène et de l’azote, ou encore la fonction essentielle d’autres micro-organismes marins dans l’absorption du gaz carbonique, le rôle des prairies et des forêts dans l’épuration de l’eau, l’immense travail de pollinisation effectué par les insectes, la fourniture de nourriture issue de la pêche ou de la chasse (essentielle pour certaines populations), la protection des côtes contre les déferlantes effectuée par les barrières coralliennes, etc.

Une évaluation de tous ces services (gratuits !) est complexe, mais à titre d’illustration, on peut citer une étude publiée dans Ecological Economics qui a estimé la valeur de l’activité de pollinisation effectuée par les insectes à environ 153 milliards d’euros en 2005 (en prenant seulement en compte les principales cultures alimentaires de l’homme) !

On comprend mieux, dès lors, que, si des espèces emblématiques comme les tigres, les éléphants ou les rhinocéros disparaissent, c’est qu’il y a derrière ces disparitions des modifications drastiques des conditions de vie de ces espèces : le sort de ces espèces n’est que la face visible de phénomènes plus profonds susceptibles d’affecter fortement les conditions de vie de l’homme sur la terre.

Pour en revenir au déclin des populations mentionnées précédemment, le rapport du WWF indique quelles en sont les principales causes. On constate qu’immédiatement derrière l’exploitation (pêche, chasse), la dégradation, le changement ou la perte d’habitat, vient le changement climatique. Si la responsabilité directe du changement climatique dans la réduction des populations ne représente aujourd’hui que 7,1% des menaces identifiées, il ne faut pas se leurrer : de nombreux scientifiques sont persuadés qu’il sera à l’origine d’une disparition massive d’espèces sur terre.

La perte de la biodiversité au cours des siècles précédents se produit à un rythme exceptionnel, ce qui indiquerait, d’après les récentes études publiées dans Sciences Advances (2015) et Duke University (2014), le début d’une sixième crise d’extinction des espèces. Le changement climatique et les autres pressions humaines comme la pollution et la déforestation en sont les principales causes. L’analyse des conclusions de plusieurs recherches sur les effets du changement climatique sur la faune et la flore, publiée dans la revue Science en 2015, pointe vers une accélération et une augmentation des menaces des risques d’extinction.

Si aucune mesure n’est prise pour maintenir la hausse de la température mondiale moyenne en-dessous de 2°C, une espèce animale sur six risque de disparaître. L’accélération des risques d’extinction appelle à agir le plus vite possible pour répondre à l’urgence de l’action climatique.

QUELS SONT LES MÉCANISMES EN JEU DANS L’IMPACT DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LA BIODIVERSITÉ ?

La particularité de la situation actuelle est qu’elle est due à l’action de l’homme et qu’elle est très rapide.
Tout d’abord, il convient de préciser que les rapports successifs du GIEC démontrent à chaque fois avec plus de certitudes l’origine anthropique du changement climatique ; ils précisent également au fur et à mesure les conséquences attendues : augmentation de la température moyenne de l’atmosphère et des océans, mais aussi augmentation du niveau de la mer, modification des courants océaniques et des modalités d’apparition d’événements climatiques extrêmes (sècheresses, fortes pluies, vagues de chaleur, cyclones tropicaux), acidification des océans…
Si l’origine humaine de ces perturbations rend possible une action de l’homme pour les stopper ou les atténuer, leur rapidité rend très difficile une éventuelle adaptation des espèces au changement. Le dernier rapport du GIEC (2014) illustre bien les grandes différences entre les espèces au regard de leur capacité de migration pour retrouver des conditions de vie qui leur soient propices. L’évaluation de la vulnérabilité des différentes espèces peut s’envisager en considérant, d’une part, la façon dont ces espèces seront exposées aux changements climatiques (selon les endroits où elles vivent et se reproduisent) et, d’autre part, leur sensibilité à ces changements, ainsi que leurs capacités d’adaptation.

Malgré la rareté des données disponibles, une étude de l’UICN de 2008 estimait que jusqu’à 35% des espèces d’oiseaux, 52% des amphibiens et 71% des récifs coralliens présentaient des particularités qui les rendaient particulièrement sensibles au changement climatique. On mesure donc l’ampleur du phénomène !

Par ailleurs, il est important de souligner que les autres menaces pesant sur la biodiversité ne font qu’accentuer les effets du changement climatique : dans le cas des orangs-outans par exemple, la déforestation qui détruit l’habitat de l’espèce, conjuguée à la chasse ou aux captures illégales fragilisent déjà l’espèce, alors qu’elle devrait être confrontée à une réduction de la quantité de nourriture disponible en raison de l’augmentation et de l’intensité des inondations et des feux de forêt provoqués par le changement climatique.

Enfin, il convient de noter – même si cet article ne développera pas cet aspect – que les modifications de la biodiversité peuvent avoir un effet en retour sur le climat ; c’est ce que l’on appelle des rétroactions.

Un panorama exhaustif des effets du changement climatique sur la biodiversité étant impossible à présenter, cet article se propose d’illustrer les mécanismes mentionnés précédemment au travers de deux espèces emblématiques et prioritaires pour le WWF.

 

  • Le cas des éléphants d’Afrique est, à cet égard, intéressant. En effet, c’est une espèce dont l’aire de répartition est vaste : elle sera donc soumise à des changements variables selon les régions où elle se trouve.
Une famille d’éléphants d’Afrique s’abreuvant dans un trou d’eau au Sub-Sahara africain.

Le régime des précipitations est un facteur primordial pour la disponibilité et la qualité de la nourriture des éléphants, mais aussi pour leurs besoins en eau. De ce fait, les sécheresses pourront avoir des effets sur la mortalité des éléphants ou sur la réduction de la natalité de l’espèce. Toutefois, les éléphants ont la possibilité de migrer durant les saisons sèches, mais ces migrations peuvent être entravées par la présence humaine (agriculture, infrastructures). Par ailleurs, un autre problème va se poser : les aires protégées actuelles vont également être touchées par le changement climatique et à terme 20% d’entre elles risquent de ne plus correspondre aux besoins des éléphants qui y vivent actuellement. Une solution envisageable serait d’enlever les clôtures autour de ces zones protégées pour permettre aux éléphants de migrer vers des zones plus favorables pendant les périodes sèches.

Même si aujourd’hui le braconnage pour l’ivoire, la fragmentation et la dégradation des habitats représentent des menaces plus importantes pour l’éléphant que le changement climatique, des sècheresses sévères à l’avenir ne feront que fragiliser encore plus les populations de cette espèce et elles risquent d’augmenter les conflits entre l’homme et l’éléphant en raison d’une compétition accrue pour l’accès aux ressources naturelles.

 

  • Le cas des tortues marines est très différent. Pour certaines espèces, l’augmentation de la température de surface des océans pourrait affecter la disponibilité de leur nourriture (éponges, herbiers, algues).

L’élévation du niveau de la mer pourrait avoir un impact sur la stabilité des plages où elles viennent pondre, de même l’accroissement des tempêtes pourra inonder ces sites de ponte ou même les détruire. Par ailleurs, l’acidification des océans liée au changement climatique pourrait impacter le développement du squelette des tortues marines au cours de leur développement embryonnaire.

Mais un autre effet, plus pernicieux, guette ces espèces qui ont réussi à évoluer et à survivre aux changements apparus depuis plus de 100 millions d’années : l’effet de l’augmentation de la température du sable sur le sex ratio des tortues. Pendant l’incubation des œufs dans le sable, la fourchette de températures pour laquelle on observe un sex ratio équilibré entre mâles et femelles chez les tortues vertes et carettes est de 27° à 30°C. Quand la température est plus élevée, la probabilité que naisse une femelle est plus importante. Or, un déséquilibre trop important entre mâles et femelles risquerait de mettre ces espèces en danger. De plus, une température supérieure à 35°C pendant cette phase d’incubation peut avoir un effet mortel sur les embryons.

Si les tortues marines ont démontré par le passé leur capacité à s’adapter aux changements du climat en modifiant leurs sites de ponte et leurs circuits de migration, il n’est pas certain qu’elles puissent s’adapter à un changement aussi rapide que celui auquel nous assistons aujourd’hui : modifier la période de ponte pour qu’elle coïncide avec des températures plus fraîches ou changer de sites de ponte pourrait prendre des générations.
L’ombrage des sites de nidification, notamment par la reforestation des zones côtières où les tortues viennent pondre, est une solution pour réduire la température sur les plages fréquentées par ces espèces.

Green sea turtle (Chelonia mydas) Sipadan Island, Semporna, Sabah, Malaysia

 

Mais, tout comme les éléphants, les tortues sont menacées par d’autres phénomènes qui ne font qu’accentuer l’impact négatif du changement climatique : le braconnage pour leurs œufs, leurs écailles, leur peau ou leur graisse, et les centaines de milliers de prises accessoires par les hameçons ou les filets de pêche font déjà de gros dégâts dans les populations. Concernant le dernier point, le WWF a développé en Guyane un système (TTED – Trash and Turtle Exclusion Device) qui permet une pêche à la crevette beaucoup plus sélective, empêchant les captures accidentelles de tortues.

On voit donc que le changement climatique aura des impacts sur la biodiversité sous de multiples formes : impact sur la végétation terrestre et marine, sur la disponibilité en eau, sur l’acidification des océans, sur les phénomènes biologiques liés à la température (comme le sex ratio des tortues), sur les courants océaniques, etc. Les réactions adaptatives des espèces à ces changements ne sont pas encore connues avec précision, mais il est toutefois clair qu’elles seront très différentes et que certaines d’entre elles ne pourront pas s’adapter suffisamment vite à la rapidité des modifications en cours.

Par ailleurs, cet article ne développe pas la question des impacts sanitaires du changement climatique liés à une modification de l’aire de répartition de certains Green sea turtle (Chelonia mydas) Sipadan Island, Semporna, Sabah, Malaysia agents pathogènes, mais on peut s’attendre à des conséquences sur la santé humaine, quand on sait que les foyers de malaria ou de chikungunya pourraient remonter jusqu’en Scandinavie avec une augmentation de température de quelques degrés.

Des actions humaines sont parfois possibles pour atténuer les effets du changement climatique, comme cela a été illustré dans le cas des éléphants et des tortues ; mais celles qui auront le plus d’efficacité seront celles qui auront pour objectif de réduire l’augmentation de la température moyenne mondiale en-dessous de 1,5 ou 2°C, c’est-à-dire celles qui viseront à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Le dialogue d’experts sur la limitation de la hausse de la température moyenne mondiale en-dessous 2°C de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) a conclu que ce seuil devait représenter une « ligne de défense » à tenir impérativement pour éviter les pires impacts sur les écosystèmes et les espèces. Le dialogue a préconisé de « se rapprocher le plus possible de l’objectif de 1,5°C ».

 

Les enjeux qui se décideront à Paris sur les efforts de maintien de la hausse de la température moyenne mondiale sont donc cruciaux pour la conservation de la biodiversité mondiale : le WWF y tiendra toute sa place !

 

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La lutte contre le changement climatique : un levier pour protéger la santé humaine, réduire les inégalités et préserver l’environnement

M. Jean-Claude AMEISEN, Président du Comité consultatif national d’éthique


Le changement climatique est une menace grave, qui nécessite une prise de conscience et une mobilisation urgente au niveau mondial. C’est l’un des symptômes des dégradations majeures de l’environnement planétaire que causent nos modes de vie. « Nous avons brûlé notre pétrole et nos forêts sur notre chemin vers la croissance. Nous avons cru à la consommation sans conséquence. Sur le long terme ce modèle est une recette pour un désastre, un pacte de suicide global » déclarait en 2011 Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU. Les dégradations de notre environnement incluent les émissions de gaz à effet de serre ; l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables ; la pollution de l’air, des sols, des nappes phréatiques et des mers ; la déforestation ; l’épuisement des sols et des réserves d’eau par l’agriculture et l’élevage intensifs ; l’épuisement des ressources maritimes par la pêche intensive ; l’acidification des océans ; l’érosion des écosystèmes et de la biodiversité ; l’émergence de maladies infectieuses d’origine animale, …

Ces dégradations de notre environnement planétaire ont – indépendamment de tout effet sur le changement climatique – des effets majeurs sur la santé humaine

Une étude de l’OMS publiée en 2014 indique que la seule pollution de l’air provoque chaque année la mort prématurée de plus de 7 millions de personnes dans le monde : la mort de plus de 3,2 millions de personnes par la pollution de l’air extérieur ; et la mort de plus de 3,8 millions de personnes, principalement dans les pays pauvres, par la pollution de l’air dans les habitations, provoquée par l’utilisation d’énergies fossiles pour les fours de cuisine et de kérosène pour l’éclairage. Une étude de l’OCDE publiée en 2014 a exploré dans les 34 pays qui la composent, plus la Chine et l’Inde, les conséquences – non pas en termes de souffrance humaine, mais uniquement en termes de coût économique – des morts prématurées et des maladies provoquées chaque année par la seule pollution de l’air extérieur : un coût évalué à 3.500 milliards de dollars par an – plus de 85% du total des dépenses publiques annuelles de santé réalisées par les 193 pays de la planète. Une étude publiée en 2015 par des chercheurs du FMI évalue le coût économique des morts prématurées, des maladies et des dégâts environnementaux causés par l’utilisation des énergies fossiles en 2013 à 4.900 milliards de dollars – plus que le total des dépenses publiques annuelles de santé dans le monde.

Ces coûts économiques, qui ne sont pas intégrés dans le prix des énergies fossiles, correspondent de fait, soulignent les chercheurs du FMI et la direction de l’OMS, à une subvention publique mondiale, indirecte et massive, de ces énergies. Et, quand on compare le prix des énergies fossiles à celui des énergies propres et renouvelables, on devrait intégrer dans cette comparaison les coûts énormes et les désastres humains que provoque l’utilisation des énergies fossiles – sans compter les coûts et les désastres que risquent de provoquer leurs effets sur le changement climatique.

Les études scientifiques révèlent à quel point l’exploitation des ressources naturelles et les tragédies qu’elles causent se produisent aux dépens des populations les plus pauvres de notre planète, et au profit d’une partie des habitants des pays les plus industrialisés. Globalement, malgré les dégradations de l’environnement, l’espérance de vie moyenne à l’âge adulte n’a cessé d’augmenter depuis plus d’un demi-siècle. Mais c’est au prix d’inégalités croissantes en termes économiques et sociaux, en termes d’espérance de vie et d’espérance de vie en bonne santé, en termes de maladie et de handicap. Ces inégalités se creusent à l’intérieur des pays riches, entre pays riches et pays pauvres, et à l’intérieur des pays pauvres. Non seulement notre mode de développement économique et social n’est pas durable pour les générations futures, mais il est aussi, et de plus en plus, inéquitable. Il s’agit toujours, sous des formes chaque fois différentes, de la question de la nature des frontières que nous traçons entre nous et les autres. De quelle humanité parlons-nous quand nous parlons de l’avenir de l’humanité ? De qui parlons-nous quand nous parlons de nous ?

Les catastrophes naturelles révèlent de manière brutale les précarités et les vulnérabilités préexistantes que nous nous sommes habitués à ne plus voir.

Les victimes de l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans, de la canicule de 2003 dans notre pays, du tremblement de terre à Haïti, des sècheresses au Sahel, de l’épidémie d’Ebola en Guinée, Libéria et Sierra Leone, les victimes des crises écologiques et économiques, sont avant tout celles et ceux qui étaient auparavant déjà les plus pauvres et les plus vulnérables. Les personnes dont la vie et la santé sont les plus menacées par les dégradations à venir de l’environnement et du climat sont les personnes vivant dans la pauvreté, et notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes malades, handicapées, ou marginalisées ; les populations urbaines vivant dans les bidonvilles ; les populations rurales vivant dans les régions arides ; les populations vivant dans des îles ou près des côtes, exposées à l’élévation du niveau des mers ; les peuples autochtones dont la vie et la culture dépendent des ressources naturelles de leur environnement immédiat, …

Et aux catastrophes naturelles s’ajoutent celles causées par les guerres, les massacres, la torture, la traite des femmes et des enfants, les exodes et les déplacements forcés de population. Et les drames que vivent les réfugiés qui fuient ces désastres, mourant aux portes des pays riches qui leur ferment leurs frontières.

Mettre en commun nos réflexions, nos imaginations et nos efforts…

Par-delà les catastrophes, les principaux problèmes de santé dans le monde sont causés par les tragédies quotidiennes de la pauvreté, de la sous-alimentation, de la famine, des maladies infectieuses.
Deux milliards de personnes vivent dans l’insécurité alimentaire, 1,2 milliard de personnes n’ont accès ni à l’eau potable ni aux sanitaires. Chaque année, dans les pays pauvres, plusieurs millions de personnes meurent encore de maladies infectieuses pour les-quelles nous disposons, collectivement, des vaccins et des médicaments qui permettraient de les sauver ; 850 millions de personnes souffrent de faim et de dénutrition ; et 3 millions d’enfants meurent de faim. L’économiste Amartya Sen a montré il y a longtemps que les famines sont dues, dans la quasi-totalité des cas, non pas à une production insuffisante de nourriture mais aux inégalités et à l’absence d’accès de certaines populations à leurs droits fondamentaux.
« Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec la même façon de penser que celle qui les a engendrés » disait Einstein. Il nous faut faire un pas de côté, et opérer un renversement de perspective : c’est l’humanité qui doit être au centre de nos préoccupations. Au lieu de focaliser toutes nos énergies sur la seule lutte contre le changement climatique, au risque de négliger les drames humains actuels, nous devrions concentrer nos efforts sur des mesures qui protègent la vie et la santé humaine et réduisent les inégalités tout en préservant l’environnement.

L’un des enjeux éthiques majeurs d’une telle approche de la lutte contre le changement climatique est d’engager une véritable démarche de solidarité et de responsabilité, qui vise non seulement à prévenir les désastres à venir, mais aussi à réparer les désastres actuels. D’utiliser la menace du changement climatique comme un révélateur et un levier pour répondre aux innombrables situations dramatiques d’abandon et d’exclusion actuellement considérées comme des fatalités. Nous pouvons tous y contribuer, individuellement et collectivement. En mettant en commun nos réflexions, nos imaginations et nos efforts.

Une telle démarche permettrait de mobiliser, pour la construction d’un monde plus juste, les énergies et les ressources humaines considérables actuellement mobilisées dans la lutte contre le changement climatique. Une telle démarche permettrait de donner au principe de précaution un sens nouveau : à l’espoir d’un avenir qui nous permette simplement de préserver en l’état notre présent, substituer l’objectif de rendre ce présent vivable pour ceux qui le subissent tragiquement aujourd’hui. A la seule préoccupation d’un développement durable, qui ferait durer les tragédies actuelles, nous devons ajouter le souci d’un développement équitable.

C’est la démarche que proposent l’OMS, les rapports des commissions Santé et changement climatique du University College de Londres et Santé planétaire de la Fondation Rockefeller mises en place par le journal médical Lancet et publiées durant l’été 2015, le Ministère de la santé, l’encyclique Laudato si du pape François, …

 

  • Faire preuve de sobriété, d’inventivité et de solidarité ; Garantir la protection et l’accès équitable de chacun aux biens communs de l’humanité que sont l’air, l’eau, la biodiversité, les ressources alimentaires et énergétiques, le climat ;
  • Réduire notre consommation inutile d’énergie ; Développer les énergies propres et renouvelables ; Lutter contre la pollution ;
    Soutenir les produits d’une agriculture et d’une pêche durables et d’un commerce équitable ;
  • Préserver les capacités de renouvellement des splendeurs et des richesses de la nature, et le respect des pratiques culturelles humaines qui s’y déploient ;
    Exiger le soutien aux recherches scientifiques indispensables ;
  • Apporter une aide internationale aux pays pauvres ; Une régulation de l’économie qui prenne en compte ses effets sur la santé humaine, la pauvreté et l’environnement.
    Et lutter pour les droits des plus démunis, partout dans le monde…
  • Protéger d’abord ceux qui sont les plus vulnérables n’est pas seulement un impératif éthique : c’est aussi la seule façon de construire une com- mune humanité et de créer les conditions qui nous permettront de nous protéger, tous.

 

NOTA
Jean-Claude Ameisen a présidé la Conférence française pour la biodiversité et le Comité de révision de la Stratégie nationale pour la biodiversité.
Les idées développées dans ce texte ont fait l’objet de plusieurs présentations (Forum Vivre ensemble du Conseil économique, social et environnemental : Le changement climatique entre subir et agir, 4 juin 2015 ; Colloque du Ministère de la Santé : Climat, santé, inégalités : quelles solutions ?, 18 juin 2015 ; Les Controverses du Monde, Festival Avignon : De nouvelles relations entre l’homme et la nature ?, 19 juillet 2015) et de plusieurs publications (Le Monde, 4 juin 2015 ; Le Monde, 23-24 août 2015 ; chapitre in : Le changement climatique entre subir et agir, Conseil économique, social et environnemental, PUF, sous presse).

 

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La préparation des objectifs

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L’énergie, dossier européen par excellence

M. Dominique RISTORI, Directeur général de la DG Energie, Commission européenne

M. DOMINIQUE RISTORI

Alors que l’Europe s’engage à réduire fortement ses émissions de gaz à effet de serre, l’énergie est aussi à la croisée de deux autres enjeux que sont, d’une part, la sécurité d’approvisionnement et, d’autre part, le développement de nos économies et de nos emplois.

Comment analyser les compétences communautaires en matière d’énergie ? En quoi l’Europe est-elle dans ce domaine un niveau de décision important pour les Etats membres ?

 

Dominique Ristori : Les compétences communautaires en matière d’énergie ont connu des évolutions importantes depuis ses débuts, lorsque les six Etats membres fondateurs ont décidé, en 1951, d’unir leurs capacités industrielles en créant la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. En 1957, ils ont renouvelé l’expérience dans le secteur de l’énergie atomique. A la fin des années 90, l’Europe a lancé la création d’un marché de l’électricité et du gaz. Pourtant, il a fallu attendre 2007 et le Traité de Lisbonne pour que l’Union européenne se dote d’objectifs communs dans le secteur de l’énergie et pose les bases de ce qu’on appelle une politique commune, à savoir une politique où les Etats membres consentent à adopter ensemble des règles communes et à se soumettre au contrôle d’un organe supranational pour leur mise en œuvre.

Aujourd’hui, les objectifs de la politique européenne de l’énergie sont clairs : nous devons garantir notre sécurité d’approvisionnement, contribuer à la durabilité et la compétitivité de notre économie, assurer des prix abordables pour tous et, enfin, répondre aux impératifs climatiques.
Nous devons ensemble relever ces défis auxquels nous sommes confrontés. Ils sont vastes et complexes et les évènements géopolitiques actuels entre la Russie et l’Ukraine nous le rappellent fortement.

En effet, l’Union européenne est le premier importateur d’énergie au monde. Elle importe 53% de l’énergie qu’elle consomme, pour un coût de plus d’un milliard d’euros par jour ! En 2013, les importations de gaz russe représentaient 27% de la consommation européenne en gaz. L’Europe doit donc tout mettre en œuvre pour réduire rapidement cette dépendance et les risques qui s’y attachent, pour garantir la vie quotidienne de chaque citoyen. Comme conséquence de la crise entre la Russie et l’Ukraine, le Conseil européen de mars 2014 a insisté sur la nécessité d’augmenter la sécurité d’approvisionnement en énergie et a demandé à la Commission de développer un plan global de réduction de la dépendance énergétique de l’Union européenne. Ainsi, la Commission européenne a présenté le 28 mai 2014 une Stratégie Européenne de Sécurité Energétique qui a été approuvée par les chefs d’Etat et de Gouvernement lors du Conseil européen des 26 et 27 juin 2014. Elle est principalement axée sur le développement des ressources indigènes, la diversification des sources d’approvisionnement extérieures en énergie, la modernisation de l’infrastructure énergétique, l’achèvement du marché intérieur de l’énergie de l’UE et, bien sûr, les économies d’énergie. La Stratégie met aussi en lumière la nécessité de coordonner les décisions prises dans le cadre des politiques nationales et l’importance de parler d’une seule voix lors des négociations avec les partenaires extérieurs.

L’Europe doit tout mettre en œuvre pour réduire rapidement sa dépendance énergétique et les risques qui s’y attachent, ici barrage de Cap de Long, Pyrénées

Cette année, en février, la Commission européenne a présenté la Stratégie qu’elle entend mettre en œuvre pour bâtir une Union de l’Energie résiliente, assortie d’une politique ambitieuse en matière de changement climatique. C’est une des priorités politiques clés de la Commission Juncker, mais aussi du Conseil européen et du Parlement européen. L’Union de l’Energie représente le projet européen le plus ambitieux dans le domaine énergétique depuis 1951.

Elle repose sur la Stratégie Européenne de Sécurité Energétique, ainsi que sur le cadre Energie-Climat 2030. L’Union de l’Energie permettra aux citoyens et aux entreprises de disposer d’une énergie sûre, respectueuse du climat, mais aussi compétitive et abordable.

 

La Stratégie repose sur 5 dimensions, 15 actions clés et comprend une feuille de route avec 43 initiatives.

Les cinq dimensions sont interdépendantes ; elles se renforcent mutuellement et sont conçues pour renforcer la sécurité énergétique, ainsi que la durabilité et la compétitivité du secteur de l’énergie :

  • la sécurité énergétique, la solidarité et la confiance,
  • la pleine intégration du marché européen de l’énergie,
  • l’efficacité énergétique comme moyen de modérer la demande,
  • la dé-carbonisation de l’économie,
  • la recherche, l’innovation et la compétitivité.

 

Ces dimensions représentent autant de domaines dans lesquels une intégration et une coordination plus poussées sont nécessaires. Pour chaque dimension, la feuille de route qui accompagne la Stratégie présente des mesures spécifiques qui seront élaborées et mises en œuvre pour la plupart dans les deux prochaines années.

 

La réunion du Conseil européen des 23 et 24 octobre 2014 à Bruxelles s’était conclue par un accord sur le paquet énergie-climat pour 2030 avec un objectif contraignant d’au moins 40% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre par Etat membre, de 27% d’énergies renouvelables contraignant à l’échelle de l’UE et de 27% d’efficacité énergétique. Ces objectifs devraient préfigurer un accord plus général lors de la Conférence Paris Climat 2015 (COP 21). Pouvons-nous les commenter ? A cet égard, comment se situe la France ?

D. R. : Dans le domaine de l’énergie, l’encadrement politique et réglementaire est très important, car il permet d’assurer la prédictibilité et la stabilité que demandent tous les opérateurs, mais aussi les consommateurs. Il protège aussi vis-à-vis des pays tiers.
Il était donc essentiel de conclure ce Conseil européen d’octobre par un succès, d’autant plus que se prépare le rendez-vous de Paris sur le climat, en décembre. Il était donc primordial de ne laisser aucune incertitude sur les objectifs européens en matière d’énergie et de climat, rappelant que 80% des émissions proviennent de la production et de la consommation d’énergie. Ceci a été rendu possible grâce à l’accord trouvé le 24 octobre auquel ont adhéré tous les chefs d’Etat et de Gouvernement.

 

Le Conseil s’est ainsi entendu sur :

  • un objectif contraignant de réduction des émissions de CO2 de 40% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990, avec en appui une réforme du système des quotas d’émission (l’EU-ETS) qui sera doté d’un instrument visant à stabiliser le marché, conformément à la proposition de la Commission, et qui devrait permettre de retrouver un niveau de prix du CO2 permettant à l’EU-ETS de jouer un rôle efficace dans la politique de dé-carbonisation ;
  • un objectif d’au moins 27% en ce qui concerne la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale de l’Union européenne à l’horizon 2030. Cet objectif est contraignant au niveau européen. Il sera réalisé grâce aux contributions des Etats membres, guidés par la nécessité d’atteindre collectivement l’objectif de l’UE, tout en préservant la flexibilité nécessaire à leur niveau. Il fallait, dans ce domaine, tirer les leçons du passé et adapter les paramètres, afin d’atteindre l’objectif européen. A travers des plans nationaux, les Etats membres se sont engagés à réaliser des efforts importants et je suis convaincu que nous irons au-delà de l’objectif européen de 27% ;
  • un objectif indicatif d’au moins 27% au niveau de l’UE en termes d’amélioration de l’efficacité énergétique à l’horizon 2030 par rapport aux scénarios de consommation future d’énergie, sur la base des critères actuels. Cet objectif ne sera pas traduit en objectifs contraignants sur le plan national. Chaque Etat membre sera libre de fixer des objectifs nationaux plus élevés. L’objectif pourra être reconsidéré d’ici 2020 dans l’optique d’un objectif de 30% pour 2030. La France avait présenté, le 18 juin 2014, son projet de loi de transition énergétique avant-gardiste, qui contient un certain nombre d’objectifs ambitieux (40% de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030, une diminution de 30% de la consommation d’énergies fossiles en 2030 et la division par deux de la consommation finale d’énergie d’ici 2050, l’augmentation de la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation énergétique finale d’ici 2030 et qui prévoit de ramener la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2025, avec un plafonnement de la capacité nucléaire à son niveau actuel, soit 63,2 GW). Au-delà des objectifs chiffrés, le projet contient des mesures concrètes pour accroître l’efficacité énergétique et développer le transport électrique.

 

L’Union de l’Energie représente le projet européen le plus ambitieux dans le domaine énergétique depuis 1951

Vous avez indiqué qu’une des priorités de la nouvelle Commission européenne est de structurer une Union énergétique européenne forte et stable, afin de répondre à deux grands défis : assurer la sécurité énergétique de l’Europe et répondre au changement climatique. Sont-ils compatibles ?

D. R. : Dans ce contexte, la question du coût de l’énergie pour l’Europe est aussi cruciale pour la compétitivité et la croissance de l’Europe. En 2012, la facture des importations de gaz et de pétrole de l’UE était de plus de 400 milliards d’euros, soit environ 3,1% du PIB.

Près de 11% des foyers européens sont en situation de précarité énergétique et ont du mal à payer leurs factures d’énergie tous les mois ; or, l’impact du coût de l’énergie sur les petites et grandes entreprises joue directement sur la croissance.

Tout cela est également lié à la sécurité énergétique. Les enjeux en matière de sécurité énergétique sont aujourd’hui considérables : la crise entre la Russie et l’Ukraine met en péril la sécurité de l’approvisionnement et nous rend vulnérables, tout comme les troubles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient qui remettent en cause la stabilité de ces régions qui abritent certains de nos plus importants fournisseurs de gaz et de pétrole.

L’Union de l’Energie devra également répondre à l’enjeu majeur de notre génération : lutter contre un changement climatique qui menace nos sociétés et nos économies.
Beaucoup de progrès ont déjà été accomplis, mais il faut redoubler d’efforts si l’on veut atteindre les objectifs contraignants à l’horizon 2020 et 2030 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la croissance des énergies renouvelables.

Diversifier les façons de produire l’énergie est devenu une nécessité absolue. Chaque pays doit diversifier ses ressources : choisir les moins coûteuses certes, mais aussi les moins polluantes.

L’énergie et la question de l’indépendance énergétique sont au centre des préoccupations européennes pour des raisons de souveraineté et de lutte contre le changement climatique, mais aussi parce que ce sont les piliers de la croissance, de la compétitivité et de la relance industrielle et technologique de l’Europe. Seul un marché pleinement intégré et interconnecté permettra d’y arriver. Mais aujourd’hui, nous avons une mosaïque désordonnée de 28 îlots énergétiques insuffisamment reliés entre eux. Tout comme les autoroutes aujourd’hui, les câbles électriques ne devraient pas s’arrêter aux frontières !

Des infrastructures modernisées permettront de réduire les factures d’énergie et de créer de nouveaux emplois. Nos entreprises pourront exporter davantage et stimuler la croissance.

Dans le cadre du paquet sur l’Union de l’Energie, nous avons défini les mesures nécessaires pour atteindre l’objectif de 10% d’interconnexion électrique d’ici à 2020. Nous avons récemment ouvert la voie à de nouveaux investissements et de meilleures interconnexions énergétiques entre la France, le Portugal et l’Espagne. C’est un grand pas pour mettre un terme à l’isolement de la péninsule ibérique par rapport au reste du marché intérieur de l’énergie !

 

Les énergies renouvelables sont-elles arrivées à maturité, au point de pouvoir être régies par une logique de marché ? Quel peut être, dans ce domaine, l’accompagnement de l’Union européenne ?

Un objectif d’au moins 27% en ce qui concerne la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale de l’Union européenne à l’horizon 2030

D. R. : Les énergies renouvelables ont connu un développement sans précédent au cours des dernières années en Europe. Le 15 juin dernier, la Commission européenne a publié un rapport sur les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs fixés pour 2020 en matière d’énergies renouvelables. Il démontre que l’UE est en bonne voie pour atteindre son objectif de 20% d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique. Nous avons également atteint un taux de pénétration de plus de 15% et ce, grâce à une législation ambitieuse fixant des objectifs à chacun des Etats membres d’ici à 2020. Certaines technologies, telles le photovoltaïque, sont presque arrivées à maturité économique, alors que d’autres ont encore besoin de soutien pour être compétitives sur le marché.

Les renouvelables peuvent bénéficier d’un soutien pour éliminer les obstacles techniques ou financiers : c’est en ce sens que les lignes directrices concernant les aides d’Etat à la protection de l’environnement et à l’énergie pour la période 2014-2020 (adoptées en juillet 2014), autorisent, sous certaines conditions, le soutien aux énergies renouvelables. Ces lignes directrices prévoient aussi la fin de subventions injustifiées et supportent la nouvelle approche “marché” entérinée par le Conseil européen de mars 2014.

A partir du 1er janvier 2017, les aides devront être octroyées à l’issue d’une procédure de mise en concurrence fondée sur des critères clairs, transparents et non discriminatoires. Des exceptions à cette règle seront d’application pour des cas spécifiques.

 

Peuvent-elles être le vecteur d’une nouvelle croissance économique en Europe ?

D. R. : Dès la publication de ses orientations politiques, le Président Jean-Claude Juncker avait annoncé son souhait que l’Union de l’Energie devienne le numéro un mondial des énergies renouvelables.

Les énergies renouvelables font partie intégrante de la relance de l’économie européenne. En effet, elles pèsent de plus en plus dans notre économie. Aujourd’hui, les exportations d’énergies renouvelables totalisent 35 milliards d’euros par an. Les actions destinées à “dé-carboniser” notre production d’électricité ont fortement stimulé la croissance des secteurs de l’énergie éolienne et solaire en particulier, ce qui a eu une incidence considérable sur les réseaux électriques et les coûts de production de l’énergie.

 

La Chine et les Etats-Unis représentent plus de 40% des émissions de gaz à effet de serre (GES) ; quel peut être le succès de la COP 21 si ces deux grands acteurs ne s’engagent pas?

D. R. : Il existe une opportunité historique de parvenir à un accord en décembre à Paris, si toutefois la négociation est conduite de manière politique et suffisamment souple. L’évolution des positions chinoise, indienne et américaine, ouvre la voie à un possible accord lors de la COP 21.

Le soutien de l’industrie sera également primordial si nous voulons conclure un accord ambitieux, équitable et universel sur le climat.

Les entreprises européennes ont un rôle clé à jouer dans ce contexte. Les entreprises du secteur européen des énergies renouvelables affichent, en effet, un chiffre d’affaires annuel global de 129 milliards d’euros et emploient plus d’un million de personnes. Le défi consiste à sauvegarder et renforcer la suprématie de l’Europe au regard de l’investissement mondial dans les énergies renouvelables et l’éco-industrie de manière plus générale.

 

Diversifier les façons de produire l’énergie est devenu une nécessité absolue.

 

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Vers des mesures concrètes : l’Agenda des Solutions

Mme Laurence TUBIANA, Ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, représentante spéciale pour la Conférence Paris Climat 2015

Le 25 juin dernier, à Montpellier, à l’occasion du Conseil d’Administration, dont elle est membre, Laurence Tubiana, Ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique et représentante spéciale de la France pour la Conférence Paris Climat 2015, a souligné le rôle de la recherche, du Cirad et de ses partenaires, dans le cadre d’un tel événement.

MME LAURENCE TUBIANA

LES SCIENTIFIQUES AU PREMIER RANG DE LA MOBILISATION

« Plus de 40 000 personnes sont attendues pour participer à la conférence de Paris, au Bourget, du 29 novembre au 11 décembre 2015 au soir.

Nombreuses sont les mobilisations, non seulement des Gouvernements, mais aussi de divers acteurs : collectivités locales, entreprises, institutions internationales, etc. Et, bien entendu, les scientifiques sont au premier rang de cette mobilisation, puisque ce sont eux qui, au fond, ont les premiers tiré la sonnette d’alarme et continuent à analyser le problème, ses causes et ses impacts, tout comme, de plus en plus, ils tentent de concevoir des réponses.

C’est pour cette raison que j’ai proposé de construire un résultat de la négociation internationale à Paris qui aille au-delà de l’accord légal entre Etats que nous avons le mandat de produire.

C’est une économie sobre en carbone que nous cherchons à mettre en place, celle qui va nous extraire de la dépendance aux énergies fossiles et nous permettre d’aller vers des énergies renouvelables. Cette transition économique est inévitable ; elle va arriver et elle est souhaitable, car c’est celle qui permet de limiter les risques du changement climatique. Il faut que chacun se dise : c’est le moment d’agir, car il n’y a pas d’autre solution et que chacun pense que tout le monde va le faire. »

ADAPTATION ET RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE

Il faut que certains pays en développement placent leur secteur agricole, et pas seulement les forêts, au sein de leur contribution.

« L’idée est d’avoir un accord qui traite autant de la réduction des émissions de gaz à effet de serre que de l’adaptation au changement climatique.

Le sujet était jusque-là assez abstrait et exprimé en termes de compensations et de financement, selon l’idée que les pays victimes les moins producteurs reçoivent des compensations par les pays les plus pollueurs. Aujourd’hui, on essaye de traduire ces objectifs de réduction et d’adaptation, non seulement dans le domaine de la production d’énergie, mais aussi dans le cadre de la santé humaine et animale, de l’agriculture, des infrastructures et des modes de vie.

C’est un gros chantier : on a beaucoup avancé en matière de recherche sur des mesures de réduction des émissions,
mais concernant l’adaptation, on a encore beaucoup à faire. »

LE RÔLE DE LA RECHERCHE ET DES SCIENTIFIQUES

« Les scientifiques interviennent à plusieurs niveaux : sur la question de la compréhension du système climat et de sa gouvernance au sens large, tout comme sur la question des données et des scénarios d’évolution, ce que l’activité humaine produit et quelles en sont les conséquences. Nombre des chercheurs du Cirad sont impliqués dans ces discussions, dans différents groupes de travail.

Mais il est également d’un grand intérêt, en particulier au sein d’une institution comme le Cirad, de réfléchir aux réponses, à la fois dans le cadre de l’adaptation au changement climatique qui touche un grand nombre de pays avec lesquels le Cirad travaille, comme de la réduction des émissions.

De nombreux programmes du Cirad concernent ces questions et vont prendre de plus en plus d’importance. Les émissions issues des changements d’usage des terres, par exemple, représentent déjà plus de 20% des émissions mondiales et les changements climatiques auront de plus en plus d’effets. Il faut donc trouver des solutions pour la production agricole et la gestion forestière qui tiennent compte de ces effets et qui permettent, dans le même temps, de réduire les émissions de ces secteurs. »

DES SOLUTIONS POUR LA PRODUCTION AGRICOLE

« Jusqu’à aujourd’hui, les émissions issues des activités agricoles étaient intégrées dans les inventaires, mais n’étaient pas prises en compte dans le cadre des négociations. Seules les questions forestières en faisaient partie. Toutefois, depuis 2007, des efforts ont été faits : les usages du sol ont été insérés dans les débats, bien qu’essentiellement au travers des mécanismes de protection, de rémunération ou de la fonction stockage de carbone des forêts, de la lutte contre la dégradation des forêts ou pour leur restauration.

Aujourd’hui, dans le texte de l’accord, il existe un chapitre dédié à la sécurité alimentaire et à l’agriculture. Le travail sur la climate-smart agriculture, auquel le Cirad a grandement contribué, apporte également davantage de visibilité. Par ailleurs, s’il est un sujet majeur pour le climat, c’est bien la question de la restauration de la fertilité et de la matière organique dans les sols, que le Cirad, l’IRD et l’Inra ont décidé de prendre de front. La restauration des sols, avec sa double fonction de stockage de carbone et d’amélioration de la productivité, associée à un modèle agricole qui permette aussi l’enrichissement des sols, fait partie des grandes mesures à mettre en œuvre à relativement court terme afin d’accélérer l’action avant 2020. »

La restauration des sols est un sujet majeur pour le climat ? ici pâturage issu d’une déforestation contrôlée en Guyane

L’AGENDA DES SOLUTIONS

« Ce travail sur l’amélioration de la qualité biologique des sols, qui concerne aussi la lutte contre la désertification, l’amélioration de la productivité, une agriculture aussi plus agro-écologique, va faire partie de l’Agenda des Solutions.

Il s’agira aussi de positionner progressivement l’agriculture parmi les secteurs qui contribuent à la lutte contre le changement climatique, tout comme les secteurs des transports ou de l’énergie. Je souhaite dans ce sens, d’ailleurs, que certains pays en développement placent leur secteur agricole, et pas seulement les forêts, au sein de leur contribution, en conditionnant cela à des programmes de recherche et à des appuis au développement agricole.

Il y a donc là un grand pan de recherche pour le Cirad et ses partenaires, à la fois dans le domaine des scénarios, de l’évolution, de l’analyse des impacts et dans celui des solutions en termes de modèles agricoles et de gestion forestière. Ces recherches sont vitales pour comprendre ce qui se passe. »

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Le débat citoyen planétaire sur le climat et l’énergie

M. Christian LEYRIT, Préfet de Région (h), Président de la Commission Nationale du Débat Public

10 000 CITOYENS, 97 DÉBATS DANS 76 PAYS…

La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas seulement l’affaire des Gouvernements, des négociateurs, des grandes collectivités ou des entreprises ; c’est avant tout l’affaire des citoyens, de tous les citoyens. Il est essentiel que les citoyens du monde prennent part aux négociations de la COP 21 de Paris et fassent entendre leur voix à l’échelle planétaire. Cet accord ne peut se passer d’eux.

SEULE LA MOBILISATION DES CITOYENS, À TOUS LES NIVEAUX, PERMETTRA D’ABOUTIR AU MEILLEUR ACCORD POSSIBLE À PARIS

C’est tout l’enjeu du Débat Citoyen Planétaire que nous avons organisé le 6 juin dernier, à travers le monde : donner la parole à 10 000 habitants de la planète, les écouter, connaître leurs attentes et leurs points de vue. 97 débats se sont déroulés dans 76 pays ; il s’agit de la plus grande consultation citoyenne jamais réalisée.

Trois organisations indépendantes ont réalisé ce débat : la Danish Board of Technology Foundation (DK), Missions publiques (F) et la Commission Nationale du Débat Public (F) ; débat qui a également été co-initié par le secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et qui a reçu le label COP 21.

Notre ambition n’était pas de faire une enquête, un sondage. Elle était de donner aux citoyens les clés de compréhension qui leur permettraient de se forger un avis éclairé et construit, autour des 5 grands thèmes des négociations de la COP 21, et cela avec une méthodologie uniforme et des documents pédagogiques.

Dans chaque pays, 100 citoyennes et citoyens représentatifs de leur population (parité, âge, catégorie socio-professionnelle) ont été réunis une journée entière, le 6 juin 2015. A partir de documents d’information et de 5 vidéos pédagogiques, ces citoyens ont travaillé par groupes de 6 à 8, sur les principaux thèmes de la COP de Paris. Puis, ils ont répondu à 34 questions. Ces débats locaux étaient organisés par des organisations non gouvernementales : universités, collectivités, associations, etc.

Ces débats se sont tenus dans 30 pays d’Afrique, 15 pays d’Amérique, 18 pays d’Asie/Océanie, 13 pays d’Europe, y compris dans 13 îles.

Il faut souligner que des débats ont pu être organisés en Afghanistan, au Mali, au Burundi ou encore au Népal, malgré les évènements dramatiques récents.

Ce qui frappe, en premier lieu, c’est l’extraordinaire enthousiasme des citoyens qui ont participé à ce grand débat. Leurs points de vue peuvent surprendre par leur lucidité, leur clairvoyance et leur ambition.

DES CITOYENS TRÈS CONCERNÉS, CRITIQUES, IMPATIENTS ET VOLONTARISTES

En amont de la COP 21, les conclusions du Débat Citoyen Planétaire seront transmises à l’ensemble des décideurs et négociateurs de ce grand rendez-vous international. Il est essentiel que la voix des citoyens du monde soit écoutée et, surtout, entendue. C’est important pour la réussite de la COP 21. C’est aussi important pour la suite, car, au-delà des décisions politiques, le succès de leur mise en œuvre va reposer largement sur les actes et les comportements des citoyens du monde.

PAYS PARTICIPANT AU DÉBAT CITOYEN PLANÉTAIRE

76 pays – 97 débats :

  • Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Bahamas, Bangladesh, Barbade, Bénin, Birmanie, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Canada : 2 débats, Cap Vert, Chili, Chine (République populaire de) y compris Taipei : 4 débats;
  • Comores, Congo (République démocratique du), Corée (République de), Costa Rica, Danemark, Espagne, Etats-Unis d’Amérique : 4 débats;
  • Ethiopie, Fidji, France : 13 débats;
  • Gabon, Gambie, Géorgie, Ghana , Grèce, Grenade, Guatemala, Guyana, Haïti, Inde, Indonésie, Iran (République islamique d’), Italie : 2 débats;
  • Japon, Kenya, Koweït, Madagascar : 2 débats;
  • Malaisie, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Mozambique, Népal, Niger, Nigéria, Ouganda, Pakistan, Pérou, Philippines, Portugal, République dominicaine, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Rwanda, Sainte- Lucie, Sénégal, Seychelles, Sri Lanka, Tchad, Territoires palestiniens, Togo, Tunisie, Turquie, Vietnam, Zambie, Zimbabwe.

L’IMPORTANCE DE LUTTER CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

78% des citoyens du monde se sentent très concernés par les changements climatiques. Ils sont 82% en Afrique (90% au Maroc) et 87% dans les îles (98% aux Philippines). Les citoyens du Japon (44%) et de Russie (49%) sont les moins concernés. Les citoyens très concernés sont globalement en nette progression depuis quelques années.

66% des citoyens pensent que les mesures pour lutter contre les changements climatiques sont une opportunité pour améliorer notre qualité de vie. Ces chiffres sont beaucoup plus importants dans certains pays émergents, notamment l’Inde et le Brésil, et en Amérique latine. Dans de nombreux pays, les Gouvernements hésitent à prendre des mesures fortes, considérant que les citoyens ne sont pas prêts. Les citoyens apportent ici un démenti.

Les résultats des négociations des Nations Unies sur le climat depuis 1992 sont insuffisants pour 71% des citoyens. Les plus critiques sont les Européens (80%), les Américains du Nord (89%), les Indiens (80%) et les Brésiliens (93%).

63% des citoyens considèrent que tout doit être fait à Paris pour limiter le réchauffement de la température à 2°C. Les plus volontaristes sont les Européens (74%). Les Chinois sont très en retrait (27%).

70% des citoyens considèrent que la lutte contre les changements climatiques est essentiellement une responsabilité mondiale, 48% que c’est essentiellement une responsabilité des citoyens.

LES OUTILS POUR LUTTER CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Globalement, 88% des citoyens sont favorables à une taxe carbone, plus encore au Sénégal (98%) ; la majorité d’entre eux souhaitent qu’elle s’applique à tous les pays, mais avec des coûts plus élevés pour les pays qui ne réduisent pas leurs émissions. Les citoyens les plus hostiles sont ceux des Etats-Unis, de Russie ou de Chine.

L’outil privilégié par les citoyens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont les programmes éducatifs destinés au grand public :

  • 78% (valeur pratiquement constante dans tous les pays).
  • 45% des citoyens souhaitent que l’on arrête toute exploration pour trouver des combustibles fossiles. Les citoyens des pays exportateurs de pétrole sont tout de même 34% à approuver cette mesure.

LES NÉGOCIATIONS DES NATIONS UNIES ET LES ENGAGEMENTS NATIONAUX

L’appréciation de la manière dont chaque pays combat le changement climatique est particulièrement éclairant :

  • le changement climatique est une priorité nationale et c’est normal pour 44% des citoyens du monde (seulement 25% en France) ;
  • le changement climatique n’est pas une priorité nationale, mais devrait l’être pour 46% (65% en France, 84% au Brésil et 76% au Etats-Unis).

Autre résultat absolument remarquable :
79% des citoyens considèrent que leur pays devrait prendre des mesures afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, même si beaucoup d’autres pays ne prennent pas de mesures. Ils sont 95% aux Etats-Unis et au Brésil.

Un accord à Paris devrait comporter un objectif mondial à long terme, pour arriver à zéro émission de gaz à effet de serre à la fin du siècle, juridiquement contraignant pour tous les pays pour 68% des citoyens du monde (90% au Pérou et 80% en Allemagne), les pays en développement et les pays développés étant au même niveau.

 

L’ÉQUITÉ ET LE PARTAGE DES EFFORTS

La meilleure base pour fixer l’ambition des contributions nationales en faveur du climat sont les émissions actuelles ou anticipées (39%) devant les émissions historiques (passées).
79% des citoyens pensent que les pays à haut revenu devraient payer plus que le montant convenu pour l’atténuation et l’adaptation des pays à faible revenu (100 milliards de dollars), (96% au Sénégal).

Une très large majorité (86%) considère que les contributions du secteur privé doivent être comptabilisées.

Plus de la moitié des citoyens (56%) sont favorables à la création d’une troisième catégorie de pays, les pays en développement les plus riches, avec plus de responsabilités.

Les efforts des pays en développement devraient dépendre du soutien financier des pays développés pour 82% des citoyens (complètement ou en partie).

Les autorités locales, y compris les villes, devraient avoir accès au Fonds Vert pour le climat, selon 76% des citoyens (et 89% au Bangladesh).

FAIRE DES PROMESSES EN FAVEUR DU CLIMAT ET LES TENIR

  • 50% des citoyens demandent que chaque pays ait le droit d’examiner les rapports des autres pays sur leurs efforts d’adaptation ou d’atténuation (66% des Russes et 35% des Indiens).
  • 71% des citoyens estiment qu’un accord à Paris devrait comporter des objectifs nationaux à court terme juridiquement contraignants pour tous les pays.
  • 90% des citoyens du monde pensent que tous les pays devraient publier un rapport annuel sur leurs émissions et les progrès réalisés.
  • 91% des citoyens ont été globalement satisfaits de l’organisation de cet événement.
  • 97% demandent que des processus analogues soient utilisés pour traiter d’autres sujets ou des sujets similaires.
  • 83% des citoyens considèrent que ce débat sera utile ou tout à fait utile pour le processus des négociations de la COP 21.

Ces résultats, très convaincants, doivent être portés auprès de tous les responsables à l’échelle du monde, afin que la Conférence de Paris soit un succès.

 

TÉMOIGNAGES

Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : « Il n’y a pas des citoyens extraordinaires et des citoyens ordinaires. […] Nous sommes tous affectés par les changements climatiques de la même manière. Selon l’endroit où nous vivons, nous en sommes affectés de manière plus ou moins intense. Mais aucun d’entre nous n’est exempté des effets ; certainement pas maintenant et encore moins dans le futur. »

Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie : « Ce 6 juin est une grande journée de mobilisation climatique et démocratique. Ce n’est pas une journée sans lendemain, pas une fin mais un commencement. […] Cette grande consultation citoyenne est donc une contribution directe à la mobilisation qui doit nous permettre de prendre, à la fin de cette année, des décisions à la hauteur de l’urgence climatique, mais aussi à la mesure des formidables opportunités qu’offre la dé-carbonisation de nos économies et de nos sociétés. »

Stéphane Rozès, Président de la société CAP, enseignant à Sciences Po et HEC : « Au cours du débat, chaque individu est devenu citoyen du monde […]. Notre vulnérabilité est une chance. Le changement climatique nous permet de réaliser à la fois nos différences et notre interdépendance. La ferveur des débats l’attesté ; seuls l’échange, le débat, permettent une meilleure connaissance de soi, des autres et nous rassemblent. Les gouvernants peuvent s’en inspirer pour faire vivre notre patrimoine commun qui peut donner une âme au monde. Les citoyens du monde y sont prêts. »

Pierre Radanne, Président de l’association 4D : « Des engagements forts de lutte contre le changement climatique pour la période 2020-2030 seront à prendre lors de la Conférence de Paris en décembre. Au-delà des décisions publiques, le succès de leur mise en œuvre va reposer sur les actes effectifs des acteurs économiques, des collectivités locales et des citoyens. La consultation World Wide Views prouve la volonté manifeste des populations des différents pays que les décisions soient prises et appliquées. Elle démontre, en outre, une sensibilisation maintenant équivalente entre les pays développés et les pays en développement. »

Larry Ragland, Participant du Débat Citoyen Planétaire sur le climat et l’énergie dans le Massachusetts aux Etats-Unis : « [La lutte contre les changements climatiques] n’est pas l’enjeu d’un seul groupe ; c’est l’enjeu du monde entier. C’est le monde entier qui doit être représenté. »

Aishwarya Singh, Participante du Débat Citoyen Planétaire sur le climat et l’énergie au Népal : « Ce fut une opportunité unique de venir ici et d’être sûre que ma voix serait entendue au niveau international. J’ai le sentiment que je pourrais peut-être peser sur les décisions qui seront prises. »

 

Cette opération a reçu un appui décisif de M. François Hollande, Président de la République, et du Gouvernement français. Mme Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, s’est engagée notamment en apportant une aide financière à 61 pays. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, a mobilisé les ambassades de France pour identifier des organisateurs locaux et pour acheminer l’aide financière du ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

Cette opération a également bénéficié du soutien de M. Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale, de 13 Régions françaises coordonnées par l’Association des Régions de France (Aquitaine, Auvergne, Basse-Normandie, Centre-Val-de-Loire, Franche-Comté, Guadeloupe, Haute-Normandie, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Cha- rentes, Provence-Alpes-Côte-D’azur, La Réunion, Rhône-Alpes), du groupe ENGIE, de la Fondation KR (Danemark), de l’Agence fédérale de l’Environnement allemande, de la Fondation de France, de l’Agence Spatiale Européenne, des Groupes Socialiste et apparentés et Europe Ecologie Les Verts du Sénat, du ministère norvégien du Climat et de l’Environnement, de Grenoble-Alpes Métropole et de la Ville de Paris.

 

NOTA:
-Accéder à tous les résultats par pays et par groupes de pays, ainsi qu’aux vidéos sur :
Climateandenergy.wwviews.org
-Commission nationale du débat public
244 boulevard Saint Germain – 75007 Paris
www.debatpublic.fr

 

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Convaincre l’humanité de se sauver d’elle-même

M. Nicolas HULOT, Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme

Face au dérèglement climatique, tout l’enjeu de la Cop 21, pour nos pays développés, est de faire comprendre aux Etats que le choix du développement durable ne les condamne pas à un modèle sans croissance, mais à une croissance sélective non liée à celle de l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles et, en particulier, des énergies fossiles. Il en va de l’avenir de la planète et, au-delà, de l’avenir de l’humanité.

 

M. NICOLAS HULOT

Vous le savez, les Nations Unies ont confié à la France l’organisation, fin 2015, de la COP 21, conférence internationale pour le climat. Laurent Fabius, qui, à la tête du troisième réseau diplomatique du monde, assurera la présidence de la COP 21, doit créer les conditions d’un accord à Paris dans le cadre de négociations multilatérales. Ségolène Royal porte la voix de la France et doit mobiliser la société civile. Laurence Tubiana, ambassadrice pour le climat, coordonne l’équipe interministérielle. Cette mobilisation s’organise autour du Président, François Hollande, entouré de la cellule diplomatique de l’Elysée.

IL ME REVIENT DE MOBILISER LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE SUR L’URGENCE D’AGIR

Et l’enjeu est important. La conférence de Copenhague, en 2009, a échoué parce que les Ministres et les chefs d’Etat ou de Gouvernement sont entrés dans le jeu trop tard. Mon rôle est également d’aller à la rencontre de ceux qui, partout autour du globe, imaginent, conçoivent, inventent, préparent dès à présent un monde dans lequel l’homme pourra continuer à vivre. Si la COP 21 représente un rendez-vous important, c’est qu’elle marquera la capacité des 195 pays membres de l’ONU à agir concrètement face au dérèglement climatique. Il faut le rappeler, le constat scientifique ne fait plus aucun doute aujourd’hui : les experts, et pas seulement ceux du GIEC, s’accordent sur l’importance qu’il y a à limiter à deux degrés l’augmentation moyenne des températures d’ici à la fin du siècle. Sur ce sujet, le déni est de plus en plus rare ; cependant, certains sous-estiment la gravité des enjeux, jugeant que le sujet est optionnel. En réalité, il met en péril tous les acquis de notre société depuis des générations. Au-delà de deux degrés, les scientifiques indiquent que nous serions confrontés à une irréversibilité des phénomènes. Aujourd’hui, les conditions d’existence de millions de personnes en sont déjà affectées dans le monde ; pourtant, sous nos latitudes, le sujet paraît impalpable et l’engagement de la société civile n’est pas acquis dans une période de crise économique importante telle que nous la connaissons actuellement.

Or, je veux le rappeler, l’enjeu climatique est au cœur de tous les enjeux de solidarité et n’épargnera aucune économie. Il ne s’agit pas simplement de préserver la planète ; il faut préserver l’avenir de l’humanité. Mais cela ne pourra se faire que si les Etats s’engagent sur des objectifs concrets. Chacun sait que les engagements qui seront souscrits à Paris ne pourront être financés sur les budgets existants, car aujourd’hui nos pays sont surtout riches de leurs dettes. Il faudra donc, à Paris, être innovant sur les instruments financiers permettant à la communauté internationale de lutter contre les changements climatiques. Cela passe, notamment, selon moi, par une taxe sur les transactions financières et un prix conséquent donné au carbone.

Quinze jours avant la COP 21 se tiendra le G20, réunissant notamment les quinze pays qui, à l’échelle mondiale, génèrent 70% des émissions de gaz à effet de serre. Je vois mal un succès de la COP 21 si le sujet du climat et du financement n’est pas porté par les Etats dans ce cadre.

Victor Hugo disait : “Il n’est rien de plus puissant qu’une idée dont le temps est venu.” Il va falloir définir ce à quoi nous devrons renoncer et ce que nous devrons développer, inventer. Renoncer aux énergies fossiles exige de faire sauter un verrou culturel. Nous sommes condamnés, si nous voulons réussir, à décourager l’usage des énergies fossiles et donc développer les énergies renouvelables. Quand on sait que 650 milliards de dollars de subvention sont consentis chaque année au profit des énergies fossiles dans le monde, imaginez l’impact si une partie de cet argent était consacré à la transition énergétique. Simultanément, nous devrons mieux répartir les richesses pour lutter contre la pauvreté, car le réchauffement climatique est un facteur multi-aggravant : il ajoute de l’inégalité à l’inégalité, de l’injustice à l’injustice, de la misère à la misère, car ce sont d’abord les plus vulnérables qui trinquent.

LA CONFIANCE SERA L’UNE DES CLÉS DE RÉUSSITE DE LA COP 21

Selon certains, la désertification en Afrique pourrait pousser aux portes de l’Europe 60 millions de personnes d’ici 2020

Si l’on se met d’accord, en décembre, sur des objectifs très ambitieux, mais que les Etats ne s’en donnent pas les moyens réels, cela ne servira à rien. Or, nous promettons aux pays pauvres – pour les aider à engager leur transition énergétique – de l’argent que nous n’avons pas. Il faut donc réfléchir à de nouveaux modes de financement pour rétablir la confiance entre pays du Nord et pays du Sud.

Jusqu’à présent, on avait pu sous-estimer la défiance de pays du Sud quant à notre capacité à tenir les promesses annoncées. Je rappelle que la crise climatique est l’ultime injustice ; les pays pauvres subissent les résultats d’un modèle de développement qui ne leur a pas bénéficié. Là où hier ils pouvaient en ignorer les causes, cela n’est pas le cas dans notre monde connecté d’aujourd’hui. Le changement climatique est un facteur majeur d’instabilité : en 2012, on compte 40 millions de personnes déplacées, trois fois plus que les déplacements dus aux conflits armés. Selon certains, la désertification en Afrique pourrait pousser aux portes de l’Europe 60 millions de personnes d’ici 2020. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, aux Etats-Unis, les militaires sont parmi les premiers climato-conscients, estimant que la menace climatique représente un danger plus important que la menace terroriste.

L’objectif de la conférence de Paris est d’aboutir à l’adoption d’un accord global juridiquement contraignant avec des instruments identifiés pour engager le changement de cap ; une résolution collective, tournée vers l’avenir qui considère la responsabilité historique sans s’y référer systématiquement ; l’opportunité d’un mouvement populaire citoyen mobilisateur, que les leaders politiques ne pourront ignorer. Au-delà, Il faudra créer des organisations mondiales en charge des biens communs et notamment de l’environnement.

Ces quelques mois qui nous séparent de ce rendez-vous doivent être marqués par une mobilisation sans faille. Il faut saisir toutes les occasions de convaincre pour demander aux Etats d’aller au-delà de leurs engagements. Car, à la lecture des différentes contributions nationales déjà annoncées, nous constatons que nous sommes encore loin du but pour limiter à deux degrés l’élévation des températures moyennes à la fin du siècle.

A ce stade, à quelques semaines de cette rencontre au sommet, je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, mais déterminé, convaincu que l’humanité saura se sauver d’elle-même.

 

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L’intégration des enjeux économiques et environnementaux de la transition énergétique

M. Alain GRANDJEAN et Jean-Marc JANCOVICI, associés de « Carbone 4 »

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : MENACES ET OPPORTUNITÉS

Divorcer de l’économie fossile pour fonder une stratégie résiliente de développement

M. ALAIN GRANDJEAN

Le dérèglement climatique contemporain diffère des changements climatiques passés pour deux raisons principales :

  • ce sont les activités humaines qui en sont à l’origine depuis le début de l’ère industrielle, via les émissions de gaz à effet de serre (GES), essentiellement du CO2 émis par l’usage de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) ;
  • la vitesse du processus en marche est 50 à 100 fois plus rapide que ce qui a pris place dans le passé observable, soit depuis au moins 800 000 ans.

Selon les trajectoires de développement que l’humanité décide d’emprunter pour les prochaines décennies, la communauté scientifique mondiale anticipe une hausse de la température moyenne globale de + 2°C à + 6°C à la fin du siècle, par rapport à celle
du milieu du XIXème siècle.

JEAN-MARC JANCOVICI

Autrement dit, l’humanité pourrait être à l’origine, en seulement un siècle, de la même variation de température que celle séparant une période glaciaire d’une période interglaciaire, à savoir 5°C.

Les conséquences d’un changement climatique de grande ampleur sur un laps de temps aussi court (cinq à six générations) seraient un facteur majeur de déstabilisation des sociétés sur les plans écologique, économique et social. Pour éviter une telle déstabilisation, qui signifierait en pratique un grand saut dans l’inconnu, il faut opérer une transition énergétique vers un monde post-énergies fossiles. Pour limiter la hausse à 2°C, il faut en pratique diviser les émissions mondiales par trois d’ici à 2050 et les rendre nulles en 2080.

L’enjeu est alors de faire d’une contrainte forte une source d’opportunités et de projets fédérateurs, et de faire évoluer la stratégie et le management des organisations pour créer des activités sobres en carbone, résilientes et créatrices de valeur. C’est la contribution que Carbone 4 souhaite apporter à l’ensemble des acteurs, publics comme privés, qui veulent préparer l’économie du XXIème siècle.

LA STRATÉGIE CARBONE

Fondé en 2007 par deux experts des enjeux énergie-climat, Jean-Marc Jancovici (auteur du Bilan Carbone) et Alain Grandjean (co-auteur du rapport Canfin-Grandjean sur les financements innovants pour le climat remis au Président de la République en juin 2015), Carbone 4 est le premier Cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie bas carbone.

Son nom fait référence à l’objectif pris par la France de diviser ses émissions de GES par un « facteur 4 » à l’horizon de 2050 par rapport à 1990. Avec son équipe de 25 collaborateurs, Carbone 4 est aujourd’hui le spécialiste des enjeux économiques et environnementaux de la transition énergétique.

  • Une vision transversale des enjeux énergie-climat alimentée par une approche multi-sectorielle.
    Le Cabinet a choisi de structurer son approche autour de 8 groupes de travail internes, afin de nourrir une démarche d’intelligence collective sur des domaines dans lesquels il développe une expertise au fil de ses missions.
  • Adaptation au changement climatique, bâtiment, énergie, finance, international, mobilité, territoire et, bien entendu, comptabilité carbone sont autant d’axes de réflexion autour desquels les collaborateurs de Carbone 4 exercent une veille quotidienne pour proposer des réponses rigoureuses et approfondies à leurs clients ; clients qu’ils accompagnent, par exemple, dans l’élaboration de leur stratégie de transition énergétique, l’évaluation de leur empreinte carbone, ou encore pour lesquels ils réalisent des études prospectives ou de filière.

 

Au fil des 600 missions déjà réalisées, Carbone 4 a développé plusieurs méthodes d’analyse innovantes pour déceler risques et opportunités dans un secteur économique donné et près d’une dizaine de méthodes sectorielles pour les empreintes carbone. Nos travaux ont inspiré de nombreuses stratégies de grands groupes ou de collectivités locales.

 

 Carbon impact analytics – une méthode innovante pour mesurer la contribution des portefeuilles à la transition énergétique

  • La mobilisation croissante des acteurs du secteur financier
    La transition énergétique à l’échelle mondiale nécessitera impérativement la réallocation des capitaux de l’économie fossile vers l’économie bas-carbone. Cela suppose, entre autres, de favoriser le financement des activités productives, infrastructures, projets d’efficacité énergétique et modes de production d’énergie dé-carbonés, qui permettent de suivre une trajectoire dite « de 2°C », et donc d’amener les émissions mondiales à zéro en 2080.

Ainsi, la mobilisation du secteur de la finance est absolument incontournable pour répondre au défi climatique. Les acteurs financiers sont exposés à la fois au risque carbone (risque de dévaluation des actifs en cas de réglementation forte concernant les énergies fossiles) et au risque climatique (conséquences économiques et financières du dérèglement climatique), mais peuvent également profiter d’opportunités via leurs stratégies d’investissement.

Depuis le sommet international sur le climat organisé par l’ONU en 2014, de plus en plus d’investisseurs se sont lancés dans la lutte contre le changement climatique, à l’image du Portfolio Decarbonization Coalition, un groupe d’investisseurs qui se sont engagés à dé-carboner 100 milliards de dollars d’investissement en actions (equity) avant décembre 2015

 

  • Accompagner la dynamique du secteur financier
    Carbone 4 et Mirova, filiale de Natixis Asset Management dédiée à l’investissement responsable, ont collaboré au développement d’une méthodologie permettant de concilier les investissements avec une trajectoire « 2 degrés » du changement climatique.

Cette méthodologie, Carbon Impact Analytics, fournit une analyse des émissions induites et évitées par l’activité des entreprises en portefeuille. Elle permet ainsi de réorienter les investissements vers des entreprises compatibles avec – ou favorisant – la transition bas carbone, qui devraient en toute bonne logique être économiquement avantagées en cas de contraintes croissantes sur les émissions. Elle permet aussi de suivre l’évolution de l’impact carbone des portefeuilles et contribue, de ce fait, à l’amélioration de la qualité de leur reporting.

 

  • La contribution d’une entreprise ferroviaire au transport durable
    Les transports dans leur ensemble sont responsables de 20% des émissions de CO2 en Europe, et réduire leur impact sur le climat s’avère particulièrement complexe. Cet enjeu est souligné par les autorités et sera au cœur de la COP 21.

 

Carbone 4 a été mandaté par Thalys, dans le cadre de ses contributions à un système de transports plus durable, pour répondre à la question : « Quelles conséquences si Thalys n’existait pas ? ». Cinq critères ont été étudiés : non seulement le prix et le temps de transport, mais aussi les principales externalités, comme les effets sur la congestion routière, les impacts sociaux liés et, bien sûr, le coût environnemental.

Les chiffres de l’étude montrent que 200 000 teqCO2 sont économisées chaque année grâce à Thalys, principalement grâce au trafic automobile évité. Mais le tableau global serait incomplet si on s’arrêtait à ce stade. Si l’on prend en considération le nombre de barils de pétrole économisés, le trafic et la congestion routière évitée, mais aussi le coût social des accidents épargnés grâce à Thalys, la valorisation de l’impact positif de Thalys s’élève chaque année à 140 millions d’euros d’économies pour la collectivité.

 

Analyse des trajectoires du débat national sur la transition énergétique – une comparaison des scénarios de demande et d’offre énergétiques pour la france à l’horizon 2050

Pour le Commissariat général au développement durable (CGDD), Carbone 4 a analysé les quatre familles de trajectoires de transition énergétique définies dans le cadre du Débat national sur la transition énergétique (DNTE). Le rapport, produit en février 2014, avait pour objectif de proposer une analyse pédagogique, transparente et neutre, en explicitant les variables clés de la scénarisation, les mesures de politiques publiques privilégiées et leur impact, ainsi que les technologies envisagées dans le cadre de chacune des quatre trajectoires de transition énergétique.

Les convergences entre trajectoires, confirmant les politiques sectorielles à engager « sans regret », ainsi que leurs divergences, faisant ressortir la nécessité d’effectuer des choix stratégiques d’orientation pour la transition énergétique, ont ainsi été mises en évidence.

Pour rappel, les quatre trajectoires étaient définies, à l’horizon 2050, de la manière suivante :

  • Trajectoire DEC : légère baisse de la demande énergétique en 2050 et croissance forte de la demande électrique (trajectoire reposant sur la substitution des énergies fossiles par la biomasse et l’électricité nucléaire),
  • Trajectoire DIV : réduction modérée de la demande énergétique et diversification du mix énergétique,
  • Trajectoire EFF : baisse importante de la demande énergétique et diversification du mix énergétique (trajectoire visant à tirer, d’ici à 2030, le potentiel maximum des économies d’énergie et des énergies renouvelables),
  • Trajectoire SOB : sortie à la fois du nucléaire et des énergies fossiles, grâce à une forte réduction de la demande énergétique et au développement des énergies renouvelables.

Pour chacune d’entre elles, l’évolution de la demande énergétique par secteur (bâtiment résidentiel, bâtiment tertiaire, transport, industrie, agriculture), ainsi que l’évolution de la production énergétique par vecteur de cette production ont été modélisées, analysées et comparées.

ACCOMPAGNER LA MOBILISATION DES ACTEURS POUR LA COP 21

Le Gabon a été le premier pays d’Afrique à rendre publique sa contribution volontaire pour la COP 21 (21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) avec la présentation de son Plan d’action national pour réduire ses émissions de GES et s’adapter aux conséquences des dérèglements climatiques. Nous avons accompagné le Gouvernement gabonais dans cette démarche, en lui apportant son expertise de la comptabilité carbone, de la définition de scénarios de transition énergétique et d’élaboration de plans d’actions de réduction des émissions de GES.

PÉDAGOGIE ET CONDUITE DU CHANGEMENT

C’est par l’expérimentation que les messages clés ont les meilleures chances d’être retenus… Fort de ce constat, Carbone 4, en partenariat avec Ignition Factory, spécialiste de la pédagogie sur supports innovants, se propose d’aider à déclencher et à accompagner le changement au sein des organisations en trois étapes.

L’objectif ? Permettre aux différents acteurs d’agir en interne pour sensibiliser ou former les collaborateurs, les fédérer autour d’un projet commun, communiquer sur leurs métiers, leurs innovations, leurs initiatives, ou encore de communiquer en externe auprès des investisseurs, des clients, de la société civile, des partenaires et des étudiants.

 

NOTA:
Carbone 4, et un Cabinet de conseil spécialisé dans le domaine émergent de la stratégie carbone.

 

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Concilier développement et lutte contre le dérèglement climatique, Agence Française pour le Développement – AFD

Trajectoires de développement durables d’un point de vue économique, social et environnemental.

Opération publique au coeur du dispositif français de coopération, l’Agence Française de Développement finance et accompagne le développement des pays du Sud et des Outre-mer. Son objectif est de promouvoir des trajectoires de développement durables d’un point de vue économique, social et environnemental. Sa mission combine à la fois lutte contre la pauvreté et lutte contre le dérèglement climatique.

En 2014, 53 % des financements de l’AFD en faveur du développement dans les pays en développement ont aussi eu des impacts positifs dans la lutte contre le dérèglement climatique en application d’une stratégie climat parmi les plus ambitieuses des institutions financières internationales de développement, mise en place à la demande du gouvernement français. Cela a représenté en 2014 plus de 2,8 milliards d’euros d’engagements financiers. Depuis 2005, 18 milliards d’euros ont été consacrés par l’AFD à des projets qui concilient développement et climat.


À ce titre, l’AFD est particulièrement mobilisée pour la préparation de la COP21.

UN DÉFI POUR LE DÉVELOPPEMENT

D’un côté, l’accélération du dérèglement climatique menace les progrès de développement partout dans le monde, en particulier dans les pays les plus pauvres.

De l’autre, le développement, parce qu’il s’accompagne d’une augmentation de la consommation de ressources naturelles et d’énergies fossiles, menace d’aggraver le dérèglement climatique. Cette réalité place les institutions de développement face à une problématique inédite: il est désormais nécessaire de concilier les besoins de développement avec la contrainte climatique et d’accompagner les pays dans leur transition écologique.

Le monde fait face à des défis communs, les solutions doivent être partagées. L’adoption, par les pays développés comme par ceux en développement, de trajectoires de développement sobres en énergies fossiles contribuera à un avenir plus durable et à la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial. En parallèle, il apparaît crucial d’accompagner les pays les plus pauvres et les plus fragiles pour qu’ils puissent adapter leurs économies aux effets déjà présents de ce dérèglement climatique et saisir les opportunités offertes par la transition écologique et énergétique.

 

UN ENGAGEMENT AMBITIEUX EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT ET DU CLIMAT

Maroc : Les territoires ruraux, où les populations dépendent directement de la productivité des sols et du bon fonctionnement des écosystèmes, seront particulièrement impactés par le dérèglement climatique.

Depuis 2005, le Groupe AFD a engagé quelque 18 milliards d’euros pour le financement de projets de développement à co-bénéfices climat, ce qui témoigne de l’importance grandissante des enjeux climat dans ses activités. L’engagement de l’AFD repose en effet sur trois piliers :

  • Un engagement financier pérenne et ambitieux en faveur du climat représentant 50% des octrois de l’AFD dans les pays en développement et 30% des octrois de sa filiale PROPARCO en faveur du secteur privé ;
  • Une mesure systématique de l’empreinte carbone des projets financés selon une méthodologie robuste et transparente ;
  • Une politique de sélectivité des projets au regard de leur impact sur le climat, tenant compte du niveau de développement des pays concernés.

 

Les actions de lutte contre le changement climatique peuvent être réparties en trois catégories :

  • L’atténuation, c’est-à-dire la limitation des émissions de gaz à effet de serre ;
  • L’adaptation qui consiste à ajuster les systèmes humains, économiques et naturels aux changements engendrés par le dérèglement climatique ;
  • Le soutien aux politiques de transition écologique qui visent à accompagner globalement les États, les collectivités et territoires ainsi que les grands acteurs économiques dans la mise en place de trajectoires de développement sobres en carbone et résilientes aux effets du dérèglement climatique.

LE FINANCEMENT D’UNE GRANDE DIVERSITÉ D’ACTIONS

Les outils financiers de l’AFD, qui vont de la subvention aux prêts aux conditions du marché en passant par les prêts concessionnels ou l’assistance technique, lui permettent de soutenir des projets de développement innovants ayant un co-bénéfice «climat», et de répondre à la variété des situations rencontrées dans la lutte contre le changement climatique. L’AFD met aussi en œuvre des mandats européens et internationaux « climat».

• Promouvoir le développement des énergies renouvelables
La production d’énergie est la principale source d’émis- sion de GES, et un enjeu économique majeur pour tous les pays. Le développement des énergies renouvelables peut être une opportunité de développement et d’indépendance énergétique pour les pays pauvres, notamment en Afrique. L’essentiel de nos financements climat se concentre sur l’émergence de technologies propres (solaire thermique à concentration, éolien, hydraulique et géothermie) dans des pays qui ont la volonté de les développer et d’atteindre, à court ou moyen terme, la parité des coûts avec les filières conventionnelles de production d’énergie. Ils concernent également la mise en place de systèmes et technologies efficaces de maîtrise et de réduction de la consommation énergétique.

• Soutenir les investissements privés en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique
Pour faire face à l’ampleur du défi au niveau mondial, la redirection des flux de financement privés en faveur du climat est indispensable. Les bailleurs de fonds doivent avoir un rôle d’entraînement important. L’AFD a ainsi mis à la disposition de banques partenaires de plusieurs pays, par exemple en Afrique de l’Ouest, en Turquie, en Ouganda, en Inde, aux Philippines ou encore à Maurice, des ressources financières aux conditions adaptées, afin que celles-ci financent davantage d’investissements d’économies d’énergie. Ce soutien est parfois couplé à des appuis spécifiques en assistance technique. Soutenir les États et les collectivités locales dans la mise en place de politiques publiques « climat ».

L’AFD a initié, aux côtés d’autres bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, une approche innovante de soutien budgétaire à des pays (Indonésie, Vietnam, Maurice, Mexique) intégrant le climat dans leur stratégie de développement. Le financement de «plans climat», nationaux et territoriaux, vise à encourager l’évolution des politiques publiques pour lutter contre le dérèglement climatique et la mise en place de schémas institutionnels intersectoriels. L’AFD propose une assistance technique pour accompagner les pays dans la mise en place de dispositifs d’élaboration et de suivi de stratégies «climat».

• Financer les démarches de développement durable des villes

Colombie : les concentrations de population et de quartiers d’habitat informel font que les villes sont de plus en plus sensibles aux impacts environnementaux, ici le métro-câble de Medellin

En 2050, plus de 70 % de la population mondiale devrait vivre dans les villes. Centres de consommation énergétique majeurs, les villes sont à la fois l’une des principales causes du dérèglement climatique et l’un des principaux vecteurs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Concentrations de population et quartiers d’habitat informel font que les villes sont de plus en plus sensibles aux impacts environnementaux. Grâce à des outils de financement adaptés et à un dialogue de long terme avec les collectivités locales, l’AFD accompagne la mise en œuvre de politiques publiques permettant un développement urbain favorable à l’environnement: gestion efficiente des déchets et de l’assainissement ou encore densification et régénération urbaine, qui, alliées à des projets efficaces de transport en commun et à une politique favorable à l’habitat social, sont à la fois porteuses d’inclusion sociale et d’un développement urbain sobre en carbone. Protéger les écosystèmes et soutenir une agriculture moins émissive et plus résiliente au dérèglement climatique.

Les territoires ruraux, où les populations dépendent directement de la productivité des sols et du bon fonctionnement des écosystèmes, seront particulièrement impactés par le dérèglement climatique. Pour répondre à ces enjeux, l’AFD cherche à soutenir et à valoriser l’ensemble des co-bénéfices apportés par le développement de ces territoires, et notamment les «services climatiques» qu’ils fournissent. Ainsi, l’AFD promeut l’agroécologie dans les pays où cette pratique est pertinente (comme à Madagascar). Cette agriculture permet de limiter fortement les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux pratiques conventionnelles.

L’AFD teste des outils permettant de minimiser les risques liés aux aléas climatiques, en soutenant le développement de mécanismes d’assurance indicielle, basés sur des indicateurs liés aux conditions météorologiques, à destination des agriculteurs en Afrique. L’AFD contribue aussi à la protection des récifs coralliens dans les îles du Pacifique Sud afin de protéger les populations et les économies des zones côtières face à des événements climatiques extrêmes plus intenses.

• Valoriser le potentiel de séquestration du carbone par les forêts
La déforestation, source importante d’émissions de gaz à effet de serre, est un enjeu majeur dans de nombreux pays en développement. Le coût de l’externalité des GES étant reconnu par la communauté internationale, le bénéfice de séquestration par les sols et le non-déstockage par la déforestation peuvent être valorisés économiquement (principe de REDD+). Cette valorisation est une opportunité économique, pour les pays concernés, et surtout pour les communautés démontrant une bonne gestion de leur capital. L’AFD, très engagée sur ces questions, développe des programmes d’aménagement des forêts (bassin du Congo, Chine, Madagascar, Mexique, Turquie, Brésil,…).

• S’adapter au dérèglement climatique en gérant mieux la ressource en eau
Sur une grande partie de la planète, le dérèglement climatique aura un impact extrêmement sévère sur la disponibilité des ressources en eau. La gestion durable de cette ressource, la protection de sa qualité et la maîtrise de la demande est un enjeu crucial. L’AFD accompagne ainsi des projets de gestion intégrée de la ressource en eau, d’amélioration du rendement de réseaux d’eau, d’augmentation des capacités de stockage de la ressource et d’assainissement des eaux usées dans les pays soumis à un fort stress hydrique (Maroc, Kenya, Tchad,…).

MOBILISER LES ACTEURS DE LA FINANCE EN FAVEUR DU CLIMAT

Gabon : Forêt dense dans le bassin du Congo

Au vu des enjeux et des montants financiers à mettre en œuvre de manière rapide et massive, la future architecture financière internationale du climat, notamment avec l’opérationnalisation progressive du Fonds vert pour le climat, devra compter, bien au-delà des acteurs internationaux classiques de l’aide au développement, sur l’ensemble des acteurs professionnels, financiers et techniques présents au niveau international mais aussi localement, qu’il soit du Sud, du Nord, privé, public et multi.

L’AFD est au cœur des travaux d’harmonisation entre acteurs financiers, nationaux et internationaux sur les outils, méthodes et pratiques pour une meilleure, et plus grande, prise en compte des enjeux climatiques dans le financement du développement.

En tant que membre fondateur de l’International Development Finance Club (IDFC), réseau de 22 banques de développement majeures du Nord et du Sud, l’AFD crée avec ces institutions des synergies d’action favorables à l’émergence de solutions financières innovantes, acceptables par les pays, et donc crédibles. Nous participons, ainsi, au nécessaire élargissement de la mobilisation des financeurs.

 

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Lutter contre les changements climatiques

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Les énergies renouvelables doivent être au cœur de nos politiques climatiques

M. Jean-Louis BAL, Président du Syndicat des énergies renouvelables

L’utilisation rationnelle de l’énergie et le recours accru aux énergies issues de sources non fossiles sont deux atouts majeurs de toute politique destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, contribuant ainsi à nos politiques climatiques.Entretien avec M. Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des Energies Renouvelables (SER).

Pourquoi, comme cela est dit souvent, l’énergie constitue-t-elle l’un des paramètres clés de toute politique climatique ?

Jean-Louis Bal. L’essentiel des gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, sont émis par les énergies fossiles. Il est donc essentiel, si nous souhaitons d’ici à la fin du siècle contenir le réchauffement climatique à une progression de deux degrés, de réduire drastiquement la part des énergies fossiles dans le bouquet énergétique mondial. Compte tenu de leur maturité, de leur compétitivité et de leur diversité, les énergies renouvelables sont désormais à même de se substituer, dans de très nombreux pays, aux énergies fossiles.

Les travaux de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), réalisés il y a quatre ans, démontraient que les énergies renouvelables pourraient contribuer à hauteur d’au moins 25% à la réduction des émissions de GES d’ici la fin du siècle. Si l’on refaisait l’exercice aujourd’hui, ce pourcentage serait encore supérieur, compte tenu des progrès importants réalisés ces quatre dernières années par le solaire photovoltaïque et l’éolien, considérés aujourd’hui comme deux énergies parmi les plus compétitives avec l’hydroélectricité. Historiquement, les énergies renouvelables ont émergé et se sont développées dans les pays de l’OCDE où elles bénéficiaient de soutiens publics. A présent, les pays émergents ont pris le relais. Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil… ont des besoins importants en énergie et, en particulier, en électricité, liés à leur croissance ; ils investissent notamment dans l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire photovoltaïque, contribuant activement au développement de ces marchés. Le secteur des énergies renouvelables emploie 7,7 millions de personnes dans le monde.

En France, il représente 100 000 emplois et le double demain, si notre pays se met en ordre de marche pour atteindre l’objectif de 23% d’énergies renouvelables qu’il s’est fixé pour 2020.

Vous l’avez souligné à différentes reprises, la France aura du mal à atteindre les objectifs européens à horizons 2020 en matière d’énergies renouvelables ; comment expliquer ce retard ?

J-L. B. L’Union européenne a pour objectif de satisfaire 20% de sa consommation finale d’énergie par les énergies renouvelables à l’horizon 2020. Cette ambition représente 23% pour la France. Même si nous avons dépassé la barre des 14%, l’objectif de 23% sera difficile à atteindre d’ici 2020. Pourquoi une telle situation ? Plusieurs raisons : l’une d’elles réside dans l’encadrement administratif applicable notamment à l’énergie éolienne. Aujourd’hui, il faut en moyenne 7 à 8 ans pour mener à bien l’installation d’un parc éolien, quand il en faut 4 en Allemagne. Le constat est identique pour l’hydroélectricité et la méthanisation. Par ailleurs, en France, différentes filières des énergies renouvelables ont souffert de brusques changements. Ainsi, si les conditions de développement du solaire photovoltaïque étaient réunies avant 2010, l’année 2011 a donné un coup d’arrêt à la filière. Après avoir baissé les tarifs d’achat de l’électricité, le Gouvernement a décidé que seules les installations sur bâtiments de moins de 100 kWc seraient concernées par des tarifs d’achat de l’électricité par EDF, celles de plus de 100 kWc et les centrales au sol étant soumises à appels d’offres. Ceux-ci ont été très irréguliers ces dernières années et portaient sur des volumes insuffisants.
En revanche, certains dispositifs, comme le Fonds chaleur géré par l’ADEME, dont bénéficie la production de chaleur par biomasse depuis 2009, remplissent bien leur objectif. De 2009 à 2014, 1,2 milliard d’euros ont ainsi été apportés aux projets développés dans le domaine et ont permis de substituer aux énergies fossiles 1,5 million de tonnes équivalent pétrole, principalement à partir de bois énergie et de géothermie. Le mécanisme fonctionne bien, mais il est nécessaire d’augmenter ce coup de pouce de l’Etat, comme l’a décidé Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Pour ce qui concerne le bois énergie, il faut également améliorer l’approvisionnement en bois. Si nous avons en France, avec la troisième forêt d’Europe, une ressource importante, encore faut-il aider la filière forestière à se structurer. Et nous sommes heureux que, depuis cette année, une partie du Fonds chaleur soit dédiée à cette structuration ; l’appel à projets lancé par l’ADEME sur ce sujet a rencontré un large écho. C’est un signe positif.

Qu’attendent les professionnels du secteur des énergies renouvelables de la COP 21 ?

J-L. B. En décembre prochain, si les 195 pays membres de l’ONU arrivent à se mettre d’accord sur les objectifs à atteindre, pour qu’une telle résolution – limiter à 2° le réchauffement climatique – porte ses fruits, encore faudra-t-il dans la pratique donner un prix au carbone. Cela permettra de changer les comportements économiques et de privilégier les meilleures utilisations de l’énergie et de développer davantage encore les énergies renouvelables.

La France aura du mal à atteindre ses objectifs 2020 en matière d’énergies renouvelables. Cela veut-il dire qu’elle n’atteindra pas l’objectif européen de 27% à horizon 2030 ?

Un document majeur de réponse à cette question est la loi pour la transition énergétique et la croissance verte, dont l’adoption définitive doit intervenir très prochainement ; les mesures qu’elle contient rendent réaliste l’objectif de passer à 32% d’énergies renouvelables dans notre mix énergétique. Il faut pour cela que soit mis en place un cadre juridique, fiscal et réglementaire favorable. Nous étudierons avec attention les documents qui préciseront le contenu de la loi. L’enjeu est de parvenir à une programmation pluriannuelle de l’énergie, avec une approche spécifique pour chaque filière à horizon 2023, avec possibilité de révision en 2018, et affectation des moyens publics à travers des dispositifs tels que le Fonds chaleur, le crédit d’impôt ou la CSPE.

Au printemps, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a réalisé une étude sur un bouquet électrique intégralement composé de ressources « vertes » à l’horizon 2050. Quelles sont les données à considérer sur ce sujet ?

En France, le gisement physique le permet, qu’il s’agisse d’énergie éolienne ou photovoltaïque. Au-delà, il faut aussi équilibrer le système électrique minute par minute, ce qui représente un enjeu important, compte tenu du caractère variable des énergies renouvelables.

Les réponses pour y parvenir se trouvent dans le stockage de l’énergie et ce que l’on nomme les « smart grids ». L’étude de l’ADEME à laquelle le SER, comme d’autres acteurs du secteur, a été associé, n’est pas prédictive, dans la mesure où elle ne fixe pas de scénarios. Or, la programmation est importante. Par exemple, les Schémas régionaux climat air énergie créés par les lois Grenelle et copilotés par le Préfet de région et le Président du Conseil régional, déclinent aux échelles régionales une partie de la législation européenne sur le climat et l’énergie, avec des objectifs à la fois quantitatifs et qualitatifs. Ils permettent au gestionnaire chargé du transport de l’électricité, RTE, de programmer le raccordement au réseau des sources de production d’énergie renouvelable et d’éviter la saturation du réseau.

Les territoires à énergie positive prévus dans la loi pour la transition énergétique et la croissance verte sont-ils un dispositif intéressant ? Comment les analyser ?

J-L. B. Il s’agit, en effet, d’un dispositif intéressant, qui bénéficiera notamment du Fonds chaleur. Mais il ne s’agit pas de produire localement de l’énergie en visant l’autonomie ou l’autarcie de quartiers, villes ou territoires, dans ce domaine. Une grande partie du gisement des énergies renouvelables se trouve en zone rurale. Or, c’est dans les villes et les zones urbaines denses que les besoins en énergie sont les plus importants. Il faudra donc mutualiser la ressource, en renvoyant sur le réseau général l’électricité produite.

 

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Les TAAF, sentinelles du changement climatique

Mme Cécile POZZO DI BORGO, Préfète, Administrateur supérieur des Terres Australes et Antarctiques françaises

Les débats sur les causes du changement climatique, ses conséquences et les moyens pour les limiter ne peuvent être crédibles et aboutir à des solutions efficaces que s’ils s’appuient sur des connaissances précises. Préserver un environnement de recherche exceptionnel tout en permettant aux scientifiques d’y mener leurs travaux constitue l’une des missions centrales de la collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

LES TAAF, UNE COLLECTIVITÉ À LA SITUATION GÉOGRAPHIQUE PARTICULIÈRE

Composé de cinq districts (Kerguelen, Crozet, Saint-Paul-et-Amsterdam, Terre-Adélie, îles Eparses), le territoire des TAAF s’étend, zones économiques exclusives (ZEE) incluses, sur plus de 2 300 000 km2, répartis entre 11°S et 66°S de latitude. Cette dispersion exceptionnelle (80% de l’hémisphère sud) constitue un cas de figure unique au monde. A cette dispersion s’ajoute l’absence de population humaine permanente : ces territoires ont ainsi conservé un patrimoine naturel exceptionnel, peu exposé aux impacts anthropiques.

Ces deux caractéristiques font des TAAF une référence aux niveaux national, régional et international pour étudier le changement climatique et ses impacts sur les milieux naturels sous ces latitudes. C’est la raison pour laquelle de nombreux programmes de recherche y sont menés, certains d’entre eux ayant participé aux bilans scientifiques qui seront présentés lors de la COP 21.

Pour préserver ce cadre de recherche exceptionnel, la collectivité met en œuvre des programmes de conservation ambitieux (maintien et suivi des écosystèmes de référence, comme les récifs coralliens) et gère de façon durable les activités économiques qui se déroulent sur son territoire, en particulier la pêche. Ces programmes s’appuient eux-mêmes sur les résultats de la recherche scientifique. La collectivité des TAAF a ainsi pour ambition de constituer un « bright spot » (ou lueur d’espoir, pour qualifier les territoires porteurs d’initiatives) parmi les territoires insulaires.

Les programmes de conservation comme les activités de recherche s’appuient sur des moyens maritimes de premier plan. Le Marion Dufresne, vaisseau-amiral des TAAF, n’assure, en effet, pas uniquement des fonctions de ravitaillement des districts : c’est aussi un centre de recherche, avec à son bord 650 m2 de laboratoires. Propriété des TAAF, le navire sort d’une jouvence qui lui permettra de naviguer vingt années supplémentaires. Le navire polaire des TAAF, l’Astrolabe, est, quant à lui, utilisé pour acheminer du matériel et du personnel en Antarctique. Il sera remplacé en 2017 grâce à un partenariat novateur entre les TAAF et l’Institut polaire Paul-Emile Victor (IPEV), acquéreurs du navire, et la Marine nationale, armateur du bâtiment qu’elle utilisera pour des patrouilles australes.

LES TAAF, UNE COLLECTIVITÉ AU SERVICE DE LA PROTECTION DE LA BIODIVERSITÉ

• Des territoires sanctuaires de la diversité biologique

Sur les trois domaines qu’elle recouvre (tropical, subantarctique et antarctique), la collectivité des TAAF peut se prévaloir d’une diversité biologique exceptionnelle.

En Antarctique, la Terre-Adélie, seul territoire revendiqué par la France, abrite de fortes concentrations d’espèces protégées d’oiseaux (pétrels, manchots, etc.) et de mammifères marins (éléphants de mer, phoques, baleines, orques, etc.) venus se reproduire ou s’alimenter. En particulier, le site de reproduction de manchots empereurs de Terre-Adélie est le seul qui soit à proximité d’une base permanente, ce qui facilite l’étude de cette espèce gravement menacée par le changement climatique : dans deux tiers des colonies de manchots empereurs, les effectifs pourraient diminuer de moitié à l’horizon 2100. Plus de 300 espèces de poissons sont également recensées, dont certaines présentent d’étonnantes adaptations au froid (molécules antigel, par exemple).

Les îles subantarctiques abritent des communautés d’oiseaux marins, certaines riches de plus d’un million d’individus (c’est le cas des manchots royaux), d’autres endémiques, mais menacées, comme l’albatros d’Amsterdam. Les eaux bordant les îles subantarctiques sont riches en espèces pélagiques (crustacés, calmars, poissons, etc.) qui alimentent les oiseaux marins et les pinnipèdes (otaries, éléphants de mer). Une gestion raisonnée de la pêche a permis de préserver ces milieux.

Les îles Eparses, enfin, composées des îles Europa, Glorieuses, Juan de Nova et Bassas Da India, dans le canal du Mozambique, et de l’île Tromelin, au nord de La Réunion, appartiennent à l’un des 34 hotspots (points chauds) mondiaux de la biodiversité. Elles présentent des écosystèmes en voie de disparition au niveau mondial, comme les mangroves ou les récifs coralliens qui abritent des communautés d’espèces extrêmement complexes et diversifiées. Les plages des îles Eparses sont un lieu de reproduction pour les tortues et une halte migratoire pour les oiseaux. Les eaux qui entourent ces territoires sont elles aussi un lieu de passage pour de nombreux mammifères marins (dauphins, baleines à bec, etc.).

• Agir pour promouvoir des écosystèmes résilients

Maintenir et restaurer la biodiversité d’un territoire améliore sa résilience, c’est-à-dire sa capacité à absorber des perturbations sans perdre ses fonctions. L’action environnementale des TAAF s’inscrit dans cette perspective qui rejoint les thématiques identifiées comme prioritaires par le Programme de Travail pour la biodiversité insulaire (Décision XI/15 de la Convention pour la Diversité biologique, en lien avec les objectifs d’Aichi 2020 pour la biodiversité).

Le premier axe de cette action est la création et la gestion d’aires protégées. Les TAAF sont organisme gestionnaire de la Réserve Naturelle Nationale (RNN) des Terres Australes Françaises, créée en 2006 sur les archipels de Crozet, Kerguelen et Saint-Paul-et-Amsterdam et forte de 2,2 millions d’hectares ; la collectivité y met en œuvre un Plan de gestion qui s’appuie sur des actions de repeuplement ou de restauration. Les TAAF sont également responsables de la protection du milieu marin et des zones côtières en Terre-Adélie et participent, avec l’Agence des Aires Marines Protégées (AAMP), à la gestion du Parc Naturel Marin des Glorieuses, créé en 2012.

Les TAAF s’efforcent aussi de mettre en œuvre des Plans de gestion environnementaux (Plan national d’action en faveur des tortues marines, Plan de gestion Ramsar de l’île d’Europa) qui permettent de concilier les activités humaines sur le territoire (pêche, recherche scientifique) avec la préservation des écosystèmes. Cet objectif se traduit, par exemple, par des actions de lutte contre les espèces envahissantes.

C’est pourquoi les TAAF peuvent être considérées comme un « bright spot » : elles mettent en œuvre des actions qui améliorent la résilience des écosystèmes en faisant intervenir des partenariats originaux (IPEV, forces armées de la zone sud de l’océan Indien) ; ces actions ont vocation à être reproduites sur d’autres territoires, notamment insulaires, ce qui donne aux TAAF un véritable rôle de préfigurateur.

LES TAAF, TERRITOIRE PRIVILÉGIÉ POUR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

La description des TAAF développée jusqu’ici montre à quel point notre collectivité constitue un laboratoire idéal pour les scientifiques qui s’intéressent aux enjeux environnementaux actuels.

De nombreux programmes scientifiques s’appuient sur les îles subantarctiques et la Terre-Adélie. En sciences du vivant, ces territoires accueillent des programmes dont le but est de comprendre la façon dont les espèces réagissent aux changements globaux. Ces recherches sont permises par l’ancienneté du suivi scientifique qui remonte jusqu’à cinquante ans pour certaines populations aviaires ; les scientifiques sont ainsi capables de prédire les évolutions des populations à court ou moyen terme, ce qui renforce l’assise scientifique de la gestion des zones protégées des TAAF. En sciences de la terre et de l’univers, les territoires des TAAF sont particulièrement précieux pour la recherche géophysique, qui manque de points de mesure dans les régions australes. Des données sur la sismologie, le magnétisme et l’atmosphère sont ainsi recueillies sur les districts austraux ; elles s’ajoutent aux observations réalisées par Météo France qui bénéficie d’observatoires exempts de perturbations extérieures. A titre d’exemple, la base d’Amsterdam accueille l’unique poste d’observation du CO2 de l’océan Indien, dont les mesures sont utilisées par les experts du GIEC pour prévoir les évolutions futures du climat. La qualité de la recherche française dans la zone subantarctique se traduit par un nombre important de publications scientifiques : la France est le premier pays en termes d’articles publiés.

Dans les îles Eparses, des stations installées récemment permettent de suivre la biodiversité marine, mais aussi d’étudier les marées, le niveau de la mer ou encore la sismologie. Ces programmes sont mis en œuvre sur une base pluridisciplinaire et s’appuient sur le concours d’investisseurs privés tels que Veolia Environnement ou Total.

LA PERSPECTIVE D’UNE INTÉGRATION AUX RÉSEAUX INTERNATIONAUX

Pour tirer le meilleur parti de la dispersion des territoires des TAAF dans l’hémisphère sud, il importe d’inscrire les programmes de recherche dans une perspective régionale, voire mondiale. Les TAAF contribuent d’ores et déjà, entre autres, au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), au réseau d’étude de la dynamique océanographique (IndOOS) et au réseau mondial de suivi des récifs coralliens (GCRMN). La coopération à l’échelle régionale représente la « nouvelle frontière » des territoires de la collectivité : elle pourrait prendre la forme d’un grand Observatoire du climat et de la biodiversité dans l’océan Indien, en partenariat avec les autres pays présents dans le canal du Mozambique et dans le sud de l’océan Indien.

Composé de cinq districts : Kerguelen, Croset, St-Paul-et-Amsterdam, Terre-Adélie, îles Eparses, le territoire des TAAF s’étend, zones économiques exclusives (ZEE) incluses, sur plus de 2 300 000 km2. Ici le site de reproduction de manchots empereurs de Terre-Adélie.

 

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Un phénomène en voie d’élargissement : l’adaptation des entreprises au changement climatique

Mme Claire TUTENUIT, Déléguée générale de l’association « Les entreprises pour l’environnement »


Les conséquences du changement climatique sont aujourd’hui bien visibles dans le monde : changement des précipitations et des régimes hydriques, périodes d’extrêmes climatiques plus longues, décalage des saisons, montée du niveau des océans, désertification, etc. L’origine anthropique de celui-ci ne fait plus débat, et les gouvernements du monde entier se réunissent en décembre à Paris pour trouver un accord permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans compromettre la croissance attendue par leurs populations.

Le 5ème rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indique les conséquences probables de différentes trajectoires d’émissions ; seules les trajectoires conduisant à diviser les émissions actuelles par 3 d’ici 2050 et à des émissions nettes nulles avant la fin du siècle permettent de conserver 50% de chances de limiter le réchauffement global moyen en deçà de 2°C, par rapport au début de l’ère industrielle. Or, cette limite a été fixée par les gouvernements en 2009 à Copenhague car ils ont jugé qu’au-delà, les impacts du dérèglement climatique seraient dramatiques pour de nombreuses populations dans tous les pays. On s’en persuade aisément en réalisant que le réchauffement actuel moyen n’est que de 0,8°C, avec des effets déjà significatifs.
Même si un accord international ambitieux est atteint en 2015 à Paris, la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’aura d’effet que vingt à trente ans plus tard. Nous devrons donc de toutes façons nous adapter à un réchauffement de l’ordre de +2°C.

L’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

La difficulté particulière à cette adaptation est que les conséquences régionales et locales de ce changement, même à un horizon de 20 ans familier aux entreprises, sont très incertaines. A quoi faut-il s’adapter ? Quel sera le climat sur un territoire donné ? Comment vont être affectés les ressources en eau, les régimes de précipitations, la végétation, les puits de carbone que sont les forêts et les océans, les zones d’extension des maladies ? Les modèles sont de plus en plus performants, mais les climatologues ne sont pas encore en mesure de nous indiquer ce que sera localement le climat à 10, 50 ou a fortiori 100 ans. Deux éléments sont très probables : la hausse des températures et la violence accrue des événements climatiques.

Les entreprises, comme les pouvoirs publics, se préoccupent de s’y adapter.

POURQUOI LES ENTREPRISES SONT ELLES AUSSI CONCERNÉES ?

Les entreprises membres d’EpE ont bien compris cet enjeu et entrepris l’analyse des implications de ce réchauffement pour leurs activités.

Le dérèglement climatique aura à l’évidence des conséquences significatives sur de nombreux secteurs : infrastructures, approvisionnement en énergie ou en eau, agriculture, villes et bâtiments… Il imposera des modifications profondes des comportements des populations, et provoquera des migrations importantes suivant les événements climatiques extrêmes, tempêtes, inondations ou sécheresses, montée des océans. Une adaptation réussie pourrait être définie comme évitant ces catastrophes et déplacements massifs de population.

La canicule de l’été 2015 a montré un début d’adaptation, à partir de l’expérience de 2003 : elle a été beaucoup moins meurtrière, du fait des précautions prises dans les hôpitaux, maisons de retraite publics et privés qui se sont dotées de capacité de rafraichissement, grâce aussi aux campagnes de sensibilisation de la population sur les précautions à prendre. Bien entendu, l’adaptation à venir devra aller plus loin.

ENTREPRISES ET EAU

La gestion des changements et la maîtrise des risques sont des activités familières aux entreprises, mais le changement climatique est un défi nouveau du fait de l’incertitude sur les échéances et l’ampleur des changements à prévoir.

La première conséquence du réchauffement devrait être des sécheresses répétées comme on en a vu ces dernières années en Californie, en Afrique, en Europe Centrale. Les entreprises qui dépendent de la ressource en eau pour leur activité, au premier rang desquelles l’agriculture, ont commencé à s’adapter :

  • Les agriculteurs adaptent leurs pratiques : ils sèment moins de maïs et plus de blé ou orge, cultures résistant mieux à la sécheresse ; les semences évoluent pour devenir plus résistantes à la sécheresse
  • Les systèmes d’irrigation s’améliorent ;
  • Les infrastructures de transport, notamment les voies ferrées, sont redimensionnées ;
  • Les autres entreprises savent que, face à des conflits d’usage rendus plus fréquents, les populations et l’agriculture ont priorité pour l’usage de l’eau ; nombre d’entre elles se sont mises en capacité de ne pas dépendre des réseaux et fonctionnent largement en circuit fermé.

 

A plus long terme, il s’agit d’accroître la ressource en eau là où elle n’est pas suffisante du fait de la sécheresse. Les entreprises développent et construisent de plus en plus d’usines de dessalement d’eau de mer pour assurer l’approvisionnement en eau, comme en témoigne le cas de Barcelone, proche de nous. En revanche, le dessalement est très consommateur d’énergie, et à moins de l’assurer par des énergies renouvelables comme le photovoltaïque, ceci va dans le sens de l’accroissement des émissions, aggravant le problème dont on cherche à se prémunir.

Ailleurs, le recyclage des eaux traitées apporte une solution pour les eaux urbaines et non seulement industrielles. Veolia a de telles réalisations en Australie, Suez en Californie ou au Moyen-Orient.

Cet exemple de l’eau montre que pour les entreprises le changement climatique est porteur de risques autant que d’opportunités : la pénurie d’eau douce est un risque, la construction et l’exploitation de l’usine est une opportunité.

UNE NOUVELLE FAÇON DE CONSTRUIRE ?

Au-delà de l’eau, l’adaptation au changement climatique est porteuse d’opportunités pour certains secteurs, notamment dans le secteur de la construction et des travaux publics car nombre d’infrastructures doivent être redimensionnées, voire reconstruites préventivement : villes après des inondations, digues, routes qu’il faut déplacer pour suivre l’évolution du trait de côte,…

  • La Chine a ainsi décidé de localiser ses nouveaux développements urbains loin des côtes, et la construction est donc très active dans ces nouvelles villes.
  • l’Indonésie construit une digue de 37 km de long pour protéger Jakarta.
  • plus près de nous la barrière de la Tamise a été un chantier considérable.

 

Même si les pouvoirs publics sont les maîtres d’ouvrage de l’aménagement du territoire, les entreprises de tous les pays voient dans l’adaptation de nouvelles activités d’envergure. Les constructeurs comme Vinci travaillent à des formes urbaines nouvelles permettant d’éviter les îlots de chaleur, de minimiser l’impact des canicules et de bien gérer les eaux pluviales.

PRODUCTION ET CONSOMMATION D’ÉLECTRICITÉ

La consommation d’électricité est accrue par les sécheresses et canicules, parce que la climatisation et de manière générale le refroidissement sont très consommateurs d’électricité.

La production d’électricité, à l’inverse, est affectée de deux façons par une sécheresse. D’une part bien sûr les rivières ont un débit moindre, et la production d’hydroélectricité est inférieure à la normale ; l’exception est l’électricité d’origine glaciaire (fonte des glaciers) qui est, elle, plus rapide en cas de réchauffement. L’autre conséquence, moins connue, est que le réchauffement des rivières réduit leur capacité de refroidissement, à débit constant, et encore plus si le débit est réduit. Les centrales thermiques, nucléaires en particulier, voient leur fonctionnement limité par la capacité de refroidissement de la rivière sur laquelle elles sont placées, notamment parce que la température de rejet dans la rivière est limitée pour protéger la biodiversité. Ces situations exigent une gestion particulière par les producteurs d’électricité et par le gestionnaire du réseau. L’exemple de l’été 2015 a montré que l’équilibre électrique du réseau pouvait être instable ; ceci demande une gestion vigilante par l’exploitant et mobilise sa capacité d’anticipation, sauf à créer des coupures de courant.

Plusieurs des exemples ci-dessus montrent que le dialogue entre entreprises et collectivités publiques est la clé d’une bonne adaptation. Dès lors qu’il s’agit de dimensionner des infrastructures différemment de ce qui était possible dans le passé, ce dialogue est indispensable. Lorsqu’il s’agit de réagir à des événements violents, la coordination est encore plus indispensable.

LES ASSURANCES

Le secteur de l’assurance est dans une situation particulière : le changement climatique accroît le nombre de sinistres de façon déjà significative : inondations, incendies, sécheresses entraînant des mouvements de terrain et pertes de récoltes croissent déjà, et leur coût également. Même si le changement climatique est désormais certain, les événements climatiques individuels ne sont pas prévisibles et restent donc à couvrir par les sociétés d’assurance.

Les primes n’ont pas encore répercuté l’accroissement de la fréquence et du coût des sinistres, couverts par les réassureurs pour les sinistres les plus coûteux. Une étude récente a toutefois montré que les réassureurs devraient doubler leurs tarifs si la fréquence et la gravité des sinistres des dix dernières années devaient devenir la nouvelle norme.

LE COÛT DE L’INACTION

Ces mesures seront coûteuses, bien sûr. Si un chiffrage précis semble impossible à cette heure, l’ensemble des études macroscopiques conclut à un coût de l’inaction supérieur au coût de l’adaptation.

Dans un scénario où aucune action ne serait prise pour adapter de manière planifiée et adéquate les infrastructures de l’ensemble des pays, les analyses économiques montrent que le surcoût pour les économies mondiales dû aux impacts du changement climatique représenterait de l’ordre de 10 % du PIB mondial par an, avec une forte disparité entre les pays développés et les pays en développement, ces derniers étant bien plus vulnérables. Dans un scénario d’adaptation mondiale au changement climatique, le surcoût d’investissement serait seulement de l’ordre de 1 % du PIB mondial par an (Stern Review, 2006).

Au niveau macroéconomique, le choix de l’adaptation paraît donc une évidence.

L’IMPOSSIBLE ADDITION

Chiffrer les coûts d’investissement et de fonctionnement résultant de la mise en œuvre de stratégies d’adaptation est un exercice périlleux : les mesures d’adaptation nécessaires sont très nombreuses, concernent de très nombreux secteurs et les choix d’adaptation possibles sont multiples avec des coûts et une efficacité très variables. La Convention Cadre des Nations Unies contre le Changement Climatique aboutit à une évaluation du coût des mesures d’adaptation entre 44 et 166 milliards de dollars par an, dans le monde. Le Programme des Nations Unies pour le Développement et la Banque Mondiale ont chiffré le coût de ces mesures entre 4 et 100 milliards de dollars par an dans les pays en voie de développement.

COMMENT LES ENTREPRISES RÉPONDENT-ELLES À CE DÉFI ?

Nombre d’entreprises, notamment au sein d’Entreprises pour l’Environnement, ont choisi de s’adapter à la fois au climat d’aujourd’hui et à ses évolutions futures, afin d’être plus résilientes et performantes à l’avenir. On voit ainsi émerger de nouvelles pratiques de dimensionnement des infrastructures, d’analyse des risques, ou d’anticipation de marchés, dans une démarche d’apprentissage et d’amélioration continus. Certains bailleurs internationaux du secteur privé tels que l’International Finance Corporation analysent leurs investissements à long terme à travers le prisme de l’adaptation au changement climatique. La Banque européenne d’investissement est également engagée dans un processus similaire concernant l’attribution de financements.

EN CONCLUSION

Il est vraisemblable que les mesures d’adaptation seront prises au fur et à mesure que les événements climatiques et crises en montreront la nécessité au grand public, un peu trop tard donc. La question encore ouverte est celle de l’anticipation. Une infrastructure adaptée à des événements climatiques extrêmes peut être plus coûteuse : climatisée, éventuellement surdimensionnée pour résister à des tempêtes, localisée autrement… Si les collectivités n’intègrent pas l’adaptation dans leurs cahiers des charges, les propositions que les entreprises feront aux pouvoirs publics en ce sens seront-elles retenues, ou au contraire les acteurs attendront-ils qu’une crise survienne pour décider de changer les façons de construire de telles infrastructures ?

La clé est bien dans le dialogue entre acteurs privés et publics, et avec la communauté scientifique. Le Plan National d’Adaptation au dérèglement climatique a pour principale fonction de déclencher ce dialogue à l’occasion de toutes les décisions de long terme des pouvoirs publics de façon à obtenir la société la mieux adaptée pour le moindre coût possible.

EXEMPLES D’ADAPTATION EN ENTREPRISES

VINCI se positionne comme acteur central pour créer ou renforcer les structures face aux événements climatiques majeurs, assurer leur durabilité et innover pour réaliser ces projets. D’importants travaux de recherche sont menés, tant en interne dans le groupe qu’avec ses partenaires scientifiques. Ces travaux portent sur l’adaptation des quartiers aux périodes de canicule, les îlots de chaleur urbains ou encore la résilience de la ville.

En ce qui concerne l’adaptation, VINCI est en capacité de proposer des bâtiments et quartiers présentant une empreinte environnementale faible et un confort thermique satisfaisant en été selon des scénarios d’évolution du climat. Ces scénarios, définis en accord avec les maîtres d’ouvrages, prennent en compte les évolutions probables dues au changement climatique. Ainsi, un projet dans le centre de la France a pu être conçu pour fournir un confort thermique l’été selon un fichier météo d’une année moyenne de 2050 selon les scénarios du GIEC.

 

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L’éolien, une lière dynamique qui participe à la solution dans la lutte contre le réchauffement climatique

M. Frédéric LANOË, Président de la Fédération française éolienne, porte-parole des professionnels éoliens

Dans un contexte national et international où les enjeux du réchauffement climatique et du développement durable prennent de plus en plus d’importance, la préparation de la COP 21 est l’occasion de mettre en lumière les différentes solutions énergétiques durables de demain.

Source d’énergie propre et en pleine expansion, la filière éolienne s’affirme de plus en plus comme une solution concrète à la nécessité d’un mix énergétique durable et comme une réponse aux objectifs environnementaux fixés dans le cadre de la loi de transition énergétique votée au cours de l’été. Dans un cadre législatif favorable, France Energie Eolienne souhaite à présent convaincre les sceptiques restants en faisant de la filière un fleuron de l’industrie française.

L’énergie éolienne est l’un des symboles de l’avenir et d’une consommation énergétique raisonnée, puisque, lors de son fonctionnement, une éolienne n’émet ni gaz à effet de serre, ni particules. L’énergie produite est ainsi entièrement propre et n’a aucune influence sur la qualité de l’air et des sols : une éolienne paie, d’ailleurs, la dette énergétique liée à sa fabrication en 6 mois. C’est pourquoi, avec un potentiel de développement important, l’éolien se présente aujourd’hui comme un substitut crédible aux matières premières dont les réserves sont limitées : en effet, une éolienne de 2 MW fournit de l’électricité pour 2 000 personnes, chauffage compris.

Ainsi, une industrie relativement jeune peut répondre aux nombreux défis environnementaux liés à la mise en œuvre de la transition énergétique ainsi qu’aux attentes socio-économiques d’une population en demande de plus de transparence dans les processus de décisions publiques, d’un développement harmonieux des territoires, d’une reprise de l’emploi, etc.

L’ÉOLIEN, UNE FILIÈRE DYNAMIQUE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES

Au niveau mondial, l’éolien demeure une filière « jeune » : si l’éolien se développe depuis seulement vingt ans en France, son essor n’en est pas moins considérable. Le parc éolien français, cumulant à ce jour 9 713 MW de puissance raccordée au réseau répartis dans plus de 800 parcs éoliens, a vu, ce premier semestre 2015, le raccordement de 523 MW supplémentaires de puissance. La France, 8ème au rang mondial en termes de puissance installée, affirme ainsi son potentiel économique, industriel et écologique éolien. De fait, l’énergie éolienne, qu’elle soit terrestre ou maritime, alimente aujourd’hui près de 6 millions de foyers et permet chaque année de préserver l’environnement de 8 millions de tonnes de CO2 (soit l’équivalent de la circulation de près de 5 millions de véhicules). L’éolien apporte également de nombreux bénéfices socio-économiques aux collectivités locales qui permettent de repenser le développement des territoires et notamment des zones rurales.

L’installation d’éoliennes constitue aussi une source de retombées fiscales qui vient nourrir le budget des communes et ainsi créer et maintenir des services publics. Par exemple, en 2012, France Energie Eolienne a observé que, pour un parc de 6 éoliennes de 2 MW chacune, les recettes fiscales revenaient en moyenne à 124 884 euros pour l’ensemble des collectivités locales (communes, département et région), dont 81 600 euros directement alloués au bloc communal. De plus, une étude CSA 2015 affirme que, pour 43% des Français habitant à proximité d’un parc éolien, les installations sont à l’origine de nouveaux revenus pour les communes concernées et, pour près d’1/4 d’entre eux, ces revenus permettent de financer de nouveaux services publics (école, crèche, piscine municipale, aménagements de sécurité routière, éclairage public, etc.). On constate donc une prise de conscience grandissante par les riverains des bienfaits locaux liés à la récolte de l’énergie de leurs territoires.

En outre, le secteur éolien représente un vivier d’emplois non délocalisable dans les communes : 10 840 emplois éoliens localisés sont directement et indirectement liés à la construction, l’entretien et la maintenance des éoliennes ; de quoi redynamiser tout un territoire. D’ici 2030, la filière éolienne a pour ambition de créer 100 000 emplois, nos voisins allemands ayant d’ores et déjà créé 350 000 emplois dans les énergies renouvelables.

Avec ces nombreux bénéfices, la filière éolienne favorise la transition énergétique des collectivités locales, tout en se présentant comme une source considérable de revenus, au service du développement des territoires, dans un contexte de baisse continue de dotations de l’Etat aux collectivités.

UN PROCESSUS TRANSPARENT, DÉMOCRATIQUE ET RESPONSABLE

L’éolien se présente aujourd’hui comme un substitut crédible aux matières premières dont les réserves sont limitées, ici éolienne en construction

Secteur responsable, l’installation d’éoliennes relève d’un processus et de règles strictes dans le but d’assurer une démarche transparente et démocratique.

En effet, une concertation publique entre toutes les parties prenantes – élus locaux, riverains, professionnels de l’éolien – est organisée afin de diffuser de l’information et de répondre aux interrogations des riverains. Un avis consultatif du maire vient également nourrir la décision finale d’implantation qui revient au Préfet. Dans le but d’assurer un processus pleinement démocratique, tout élu concerné directement ou indirectement par les retombées financières liées à l’installation d’un parc éolien se voit dans l’obligation légale de ne pas prendre part aux délibérations du conseil municipal.

Afin d’aller plus loin dans cette démarche de transparence et de garantir une exemplarité, France Energie Eolienne s’est dotée depuis 2013 d’un Comité éthique qui reporte et définit dans une Charte les bonnes pratiques de la profession pour promouvoir un esprit d’excellence ainsi qu’une démarche responsable à chaque étape des projets.

Cependant, les attaques systématiques portées par quelques militants « anti-éolien » visent tous les projets sans distinction, sous couvert de défendre des paysages ruraux, figeant l’évolution du modèle énergétique français. De fait, aujourd’hui, près d’un projet sur deux est attaqué et les délais de traitement des contentieux rallongent le développement de sites de 5 à 7 ans. Les recours administratifs viennent étendre les délais de délivrance effective des projets éoliens, alors même que 75% des recours se traduisent par une confirmation des autorisations et que 81% des Français sont favorables à l’implantation d’un parc éolien près de chez eux selon un sondage CSA 2015.

UN SECTEUR ÉCONOMIQUE D’AVENIR

Fort d’un potentiel en matière d’innovations, l’éolien connaît des améliorations permanentes : si, dans un premier temps, les industriels travaillent au développement d’éoliennes plus efficaces en termes de production énergétique, les ingénieurs de l’éolien travaillent également au développement des « smart grids », réseaux de distribution d’électricité « intelligents ». Avec l’arrivée de nouvelles technologies informatiques sur le marché de l’énergie, ces « smart grids » permettent d’optimiser l’ensemble des mailles du réseau d’électricité (production, acheminement, consommation, etc.) et d’adapter en temps réel la distribution du réseau électrique en fonction des besoins en électricité sur l’ensemble du territoire.

Innovation technologique notable, l’éolien maritime est un outil énergétique majeur dans la lutte contre le changement climatique. Les vents marins ayant une vitesse moyenne supérieure aux vents terrestres et l’évolution des technologies augmentant la puissance unitaire des éoliennes, l’éolien en mer permet un meilleur rendement dans la production d’électricité. L’éolien maritime constitue donc un moyen considérable de contribuer au mix énergétique français et ainsi d’apporter une réponse concrète au défi de la lutte contre le changement climatique, à la veille de la COP 21.

Dans un secteur en plein essor, la France suit un rythme de développement de l’éolien en mer plus lent comparé à ses voisins européens, avec seulement 3 GW concernés. Cependant, des projets d’appel d’offres et, notamment, un appel à projets éolien flottant lancé courant juillet, sont en cours, afin d’élargir la part d’énergie éolienne dans le mix énergétique. L’objectif actuel fixé dans le cadre de la loi sur la transition énergétique prévoit une production de 6 GW à horizon 2020, alors que l’Angleterre entend produire 40 GW à horizon 2030 et l’Allemagne, 15 GW à horizon 2030. France Energie Eolienne, qui souhaite faire de la France un des grands acteurs de l’éolien maritime, estime, d’ailleurs, que des objectifs plus ambitieux sont nécessaires : un scénario haut fixerait ainsi un objectif de 15 GW d’éolien en mer posé et 6 GW d’éolien flottant construits à horizon 2030.

L’ÉOLIEN, LEVIER CLÉ DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

L’installation d’éoliennes constitue aussi une source de retombées fiscales qui vient nourrir le budget des communes.

La transition énergétique est devenue aujourd’hui une nécessité vitale pour la planète et une opportunité considérable pour notre économie. La France, bien consciente de ce contexte, a pris des engagements essentiels par le biais, notamment, de la loi de transition énergétique, adoptée le jeudi 23 juillet à l’Assemblée nationale. Ce texte qui va naturellement dans le sens d’une plus grande prise en compte de l’urgence climatique, implique de façon engageante l’industrie éolienne dans le futur mix énergétique. Avec un objectif de 40% d’énergies renouvelables à horizon 2030, ainsi que la mise en œuvre d’une Programmation pluriannuelle de l’énergie qui conditionne de façon opérationnelle les orientations de la politique énergétique, la France va dans le bon sens pour faire face au défi climatique d’aujourd’hui et aux enjeux énergétiques de demain.

Cependant, les professionnels de l’éolien restent inquiets et appréhendent un surcroît de contraintes d’implantation et d’incertitudes contraires au choc de simplification voulu par le Gouvernement. De même, le manque d’arbitrage au sujet de la cohabitation entre éoliennes et domaines militaires reste une des grandes questions pesant sur l’avenir à long terme de la filière. Et ce, alors même que les technologies modernes en vigueur chez nos voisins permettent de rapprocher les éoliennes des sites militaires.

FUTURE PREMIÈRE ÉNERGIE RENOUVELABLE

Dans un modèle de réduction des dépenses énergétiques, la question du coût de l’énergie et, notamment, celle du renouvellement du parc nucléaire français, doit être prise en compte dans les investissements énergétiques futurs. Avec un coût du MWh qui ne cesse de baisser pour s’établir actuellement autour de 70 euros, l’éolien terrestre est aujourd’hui bien plus compétitif que le nucléaire de dernière génération, dont le coût est aujourd’hui de 110 euros. Deuxième ressource en vent en Europe et deuxième espace maritime mondial, la France offre de réelles perspectives pour le développement de l’éolien terrestre et maritime et pour faire de l’éolien la première énergie renouvelable de notre mix énergétique.

LA NÉCESSAIRE RÉFORME DU MARCHÉ DE L’ÉLECTRICITÉ

Installation d’éoliennes relève d’un processus et de règles strictes dans le but d’assurer une démarche transparente et démocratique.

En somme, les professionnels du secteur tiennent à souligner l’importance de l’éolien en tant qu’énergie propre, évolutive et durable, qui participe à la diversification de nos sources d’énergie et à la nécessaire prise en compte de l’environnement : ils plaident en faveur d’une programmation régulière d’appels d’offres et, notamment, en mer, de façon à inciter le développement de cette industrie.

Cependant, il n’est pas inutile de rappeler que les énergies renouvelables et, notamment, l’éolien, ont connu leur essor en France grâce à un système fondé sur une obligation d’achat par les opérateurs historiques (EDF et les entreprises locales de distribution) de toute l’énergie verte produite. Les opérateurs historiques rachètent l’électricité d’origine éolienne selon un tarif fixe par MWh et la revendent sur le marché et, ainsi, au consommateur.

Cette architecture a permis aux parcs éoliens de se développer à partir de 2005 pour atteindre en 2014 3,5% de la consommation électrique en France. Toutefois, en raison de l’harmonisation en cours des politiques de gestion des énergies renouvelables au niveau européen et des nouveaux objectifs de capacités renouvelables en France dans la loi de transition énergétique, l’architecture du marché et les rôles des acteurs sont appelés à évoluer fortement.

C’est pourquoi, France Energie Eolienne plaide en faveur d’une réforme en profondeur du marché de l’électricité.

 

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Une préoccupation pour la planète

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Les forêts et le cycle mondial du carbone, Directive relative au changement climatique

Edictée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, FAO

LES PROCESSUS ET LES PROJECTIONS DE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Le climat de la terre évolue continuellement sous l’influence de diverses forces naturelles.
Mais, actuellement, des changements importants et rapides ont été observés dans le climat à l’échelle mondiale, conséquence d’un réchauffement mondial causé par les activités humaines qui émettent des gaz à effet de serre piégeant la chaleur. Le réchauffement mondial est associé à une variabilité climatique accrue et, par conséquent, à une fréquence accrue d’événements extrêmes tels que les canicules, les sécheresses graves, les gros orages et aussi la montée du niveau de la mer. Le changement climatique et la variabilité climatique accrue (phénomènes désignés collectivement sous le nom de changement climatique) auront, sans doute, des répercussions économiques, sociales et environnementales étendues.

Pour les gestionnaires forestiers, le changement climatique nécessitera, sans doute, une modification majeure de leur pratique de gestion pour s’adapter à ce changement ou en atténuer les effets.

LES FORÊTS ET LE CYCLE MONDIAL DU CARBONE

Le dioxyde de carbone (CO2) est l’un des principaux gaz à effet de serre, et les modifications du cycle mondial du carbone qui affectent la concentration de CO2 dans l’atmosphère sont d’importance critique pour le climat mondial. Or, les forêts jouent un rôle important, à la fois comme puits et comme source de CO2.

Puits et source de carbone
Un puits de carbone est un réservoir qui absorbe ou piège le carbone de l’atmosphère sous forme de CO2.
Quand les forêts se développent, elles deviennent des puits de carbone. A l’échelle mondiale, les forêts sont responsables d’une grande partie de la quantité de CO2 soustraite de l’atmosphère.

Une source d’émission de gaz à effet de serre est un processus ou une activité qui rejette dans l’atmosphère ce type de gaz. Le déboisement et la dégradation des forêts sont des sources majeures de gaz à effet de serre, car elles causent le rejet dans l’atmosphère du carbone stocké dans les forêts sous forme de CO2 et autres gaz à effet de serre comme le méthane.
La végétation et le sol des forêts contiennent environ la moitié du carbone terrestre de la planète et les éco-systèmes terrestres peuvent séquestrer une plus grande quantité de CO2 qu’à présent. Les forêts absorbent du CO2 par la photosynthèse, stockent ce gaz sous forme de carbone et le rejettent par la respiration, la décomposition et la combustion des plantes. La fonction des puits de carbone d’une forêt augmente avec le taux de croissance de la forêt et avec la durée pendant laquelle elle conserve le carbone. De jeunes forêts vigoureuses peuvent ainsi piéger une grande quantité de carbone pendant la croissance des arbres. Par contraste, la végétation et les sols des vieilles forêts stockent ordinairement de vastes quantités de carbone, mais ces quantités augmentent lentement ou même pas du tout. Les forêts sont également des sources d’émission de gaz à effet de serre, principalement du CO2. Le déboisement et la dégradation des forêts représentent, selon les estimations, 17% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

La végétation et les sols des vieilles forêts stockent ordinairement de vastes quantités de carbone

Le changement climatique et la variabilité accrue du climat ont à la fois des effets directs et indirects sur les forêts et sur les populations qui en dépendent. Par exemple, l’effet conjugué de l’augmentation des températures observée en hiver et de la suppression des feux de forêt a entraîné une augmentation massive des populations de « dendroctones » du pin « lodgepole » au Canada, ce qui a précipité la mort de millions d’arbres. De même, une synergie troublante entre la dégradation des forêts, causée par de mauvaises pratiques d’exploitation du bois d’œuvre, la fragmentation des forêts et la gravité grandissante des sécheresses a rendu de nombreuses forêts de l’Amazonie et de l’Asie du Sud-est plus vulnérables aux risques d’incendie. Dans les régions boréales, comme les régions tropicales, le changement climatique accroît la susceptibilité des forêts aux divers facteurs de stress qui sont présents depuis longtemps, mais qui ne posaient jusqu’à présent qu’une moindre menace. Quand les forêts et les systèmes sociaux associés aux forêts ne peuvent faire face aux facteurs de stress directs et indirects associés au changement climatique, on dit qu’ils sont vulnérables à celui-ci.

Le rythme du changement climatique varie à petite échelle et à grande échelle géographique et, de façon générale, augmente avec l’éloignement de l’équateur. Localement, le rythme et la direction du changement climatique varient avec la topographie et avec la proximité de vastes masses d’eau. Les espèces forestières et les communautés forestières sont d’une résistance et d’une résilience variables au changement climatique et diffèrent également par leur capacité d’adaptation. Pour faire face au changement climatique, les espèces devront s’adapter à des conditions nouvelles ou migrer vers des zones où les conditions conviennent mieux. La capacité à migrer d’une espèce dépendra de sa capacité à se disperser et de la connectivité à un habitat adapté. Les risques de perte d’espèces et de perturbations de l’écosystème varient selon les lieux et le temps.

La CCNUCC distingue cinq types de puits de carbone dans les forêts :

  • la biomasse au-dessus du niveau du sol,
  • la biomasse en-dessous du niveau du sol,
  • les détritus végétaux,
  • le bois mort
  • et le sol lui-même.

Il est préoccupant que, ni le climat ni les espèces ne répondent de façon linéaire à un changement des conditions, mais, au contraire, tendent à réagir de façon brutale au passage de certains seuils ou de certains points de basculement. Les gestionnaires forestiers doivent garder ceci à l’esprit, tout en sachant que ces seuils sont difficiles à prédire.

Les sociétés et les populations qui y vivent diffèrent par leur vulnérabilité au changement climatique. Les sociétés les plus vulnérables sont celles qui sont déjà affectées par la pauvreté et qui n’ont que des possibilités limitées d’emploi ou de génération de revenu et dont les moyens d’existence dépendent directement de l’agriculture pluviale ou des forêts.

L’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET L’ATTÉNUATION DE SES EFFETS DANS LE SECTEUR FORESTIER

Face au changement climatique, il existe deux principales formes de réponse : l’adaptation et l’atténuation des effets de ce changement.
Ce sont les deux aspects d’une même médaille : l’atténuation des effets s’adresse aux causes du changement climatique et l’adaptation cherche à remédier à son impact. Dans le secteur forestier, une adaptation au changement climatique englobe les changements apportés aux pratiques de gestion destinées à diminuer la vulnérabilité des forêts au changement climatique et les interventions visant à réduire la vulnérabilité des populations humaines au changement climatique. Les stratégies d’atténuation des effets du changement climatique dans le secteur forestier se classent en quatre catégories :

  • réduire les émissions dues au déboisement,
  • réduire les émissions dues à la dégradation des forêts, améliorer les puits de carbone forestiers
  • et substituer les produits.

La substitution comprend l’utilisation de bois à la place des combustibles fossiles pour la production d’énergie et l’utilisation de fibres ligneuses à la place de matériaux tels que le ciment, l’acier et l’aluminium, dont la production émet des quantités bien plus grandes de gaz à effet de serre.

Adaptation et atténuation
L’adaptation au changement climatique consiste à prendre des mesures d’ajustement, dans les systèmes naturels et humains, en réponse à des impacts effectifs ou attendus du changement climatique, pour éviter des dégâts ou pour exploiter les possibilités qui s’offrent.

L’atténuation des effets du changement climatique comprend les mesures qui aident à stabiliser ou à réduire la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ces mesures comprennent celles qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par l’homme ou à réduire la concentration de gaz à effet de serre de l’atmosphère.

La végétation et les sols des vieilles forêts stockent ordinairement de vastes quantités de carbone

En bref, l’adaptation cherche à remédier aux risques et aux effets du changement climatique, tandis que l’atténuation vise les causes anthropogènes du changement climatique.

Les mesures d’atténuation des effets du changement climatique, notamment dans les forêts, doivent être prises d’urgence pour aider à réduire l’action anthropogénique, c’est-à-dire causée par l’homme, sur le système climatique, mais ces mesures ne commenceront à avoir un effet sur la température mondiale moyenne de surface que dans plusieurs décennies. Pour cette raison, les mesures d’adaptation au changement climatique, dans les forêts, seront indispensables pendant de nombreuses années encore pour garantir la continuité de la fourniture de biens produits par les forêts et de services rendus par l’écosystème forestier.

EN CONCLUSION

Les forêts fournissent un large ensemble de biens et de services en tant qu’écosystèmes, qui sont importants pour le bien-être des hommes, la sécurité alimentaire, l’atténuation de la pauvreté et la préservation des moyens d’existence. Le changement climatique, quand il est associé à un déboisement, à la dégradation des forêts ou à une pression démographique, menace la continuité de la fourniture de ces biens et services par les forêts. Bien qu’on ne connaisse pas avec certitude l’ampleur et le calendrier des impacts du changement climatique sur les écosystèmes forestiers, on dispose déjà d’informations scientifiques suffisantes pour prendre les premières mesures dès maintenant.

• Le changement climatique devrait affecter la distribution des types de forêt et des essences d’arbres, la productivité de la forêt, l’état des sites et des sols, la structure des peuplements d’arbres et les modifications des régimes de perturbations causées par l’incidence, la gravité et l’impact des feux de forêt, des espèces invasives, des infestations d’insectes, des maladies, des inondations, des sécheresses, des températures extrêmes, des glissements de terrain et des marées de tempête.

• Le changement climatique, par conséquent, pose aux gestionnaires forestiers un problème majeur, potentiellement redoutable. En modifiant les plans et pratiques de gestion forestière, cependant, ils peuvent ralentir le rythme du changement climatique, aider la société à s’y adapter, préserver un grand nombre des autres valeurs de la forêt et garantir que la forêt continue à fournir en grand nombre des biens et des services d’écosystème.

• Les mesures à prendre pour assurer l’adaptation des forêts au changement climatique sont compatibles et sont souvent identiques aux pratiques de gestion durable des forêts, de façon à répondre aux besoins économiques, sociaux et environnementaux des différents acteurs. Par exemple, la préservation de la diversité de composition et de structure des forêts est judicieuse face aux nombreux risques biotiques et abiotiques, notamment ceux associés au changement climatique.

• Les pratiques de gestion durable des forêts peuvent aider à réduire la vulnérabilité économique, sociale et environnementale des forêts et des populations qui en dépendent, en produisant des avantages multiples et, en particulier, la fourniture de biens et de services éco-systémiques et culturels.

• Les programmes d’atténuation des effets du changement climatique commencent à se mettre en place ; ils peuvent aider à réduire le coût des mesures prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du fait du déboisement et de la dégradation des forêts et pour accroître le stock de carbone séquestré par les forêts.

• Les gestionnaires forestiers doivent peser le coût et les avantages des diverses options en matière d’adaptation aux effets du changement climatique et d’atténuation de ses effets et déterminer celles de ces options qui sont les plus facilement réalisables, étant donné la capacité technique disponible et l’appui que peuvent y apporter les politiques suivies.

• Pour répondre au changement climatique, il est indispensable de disposer de systèmes fiables de suivi des forêts et de communication de l’information. Ces systèmes permettront de déclencher sans retard des alertes en cas d’événements extrêmes et d’impact grave du changement climatique, ainsi qu’une information utile sur l’efficacité des mesures d’intervention envisagées par la gestion.

• Pour élaborer une stratégie face au changement climatique, il est important d’allier un suivi des forêts à l’utilisation des connaissances existantes sur les impacts possibles du changement climatique dans l’évaluation de la vulnérabilité et du risque.

• Ces opérations de suivi nécessiteront, sans doute, des ressources techniques et humaines supplémentaires. Les stratégies et des mesures précises face au changement climatique différeront selon l’endroit, selon la productivité de la forêt, selon les objectifs de la gestion locale et selon l’étendue et la nature des impacts attendus du changement climatique. Les gestionnaires forestiers doivent continuer à s’efforcer de comprendre les périls et les possibilités liés au changement climatique.

 

 

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Changement climatique et santé

OMS et OMM vers une nouvelle collaboration

• L’Organisation Mondiale de la Santé est l’autorité directrice et coordonnatrice, dans le domaine de la santé, des travaux ayant un caractère international au sein du système des Nations Unies. Elle est chargée de diriger l’action sanitaire mondiale, de définir les programmes de recherche en santé, de fixer des normes et des critères, de présenter des options politiques fondées sur des données probantes, de fournir un soutien technique aux pays et de suivre et d’apprécier les tendances en matière de santé publique.

• L’Organisation Météorologique Mondiale est l’organisme des Nations Unies qui fait autorité pour les questions relatives au temps, au climat et à l’eau. Alors que le climat continue de changer dans le monde, les dangers augmentent pour la santé de l’être humain. L’Atlas de la Santé et du Climat (The Atlas of Health and Climate), publié aujourd’hui conjointement, illustre certains des défis actuels et émergents les plus pressants.


Chaque année, les sécheresses, les inondations et les cyclones affectent la santé de millions de personnes. La variabilité du climat et les conditions extrêmes, comme les inondations, peuvent également déclencher des épidémies de diarrhées, de paludisme, de dengue ou de méningite, entraînant la mort et des souffrances pour des millions d’autres. L’Atlas donne des exemples pratiques illustrant comment les informations sur le temps et le climat peuvent protéger la santé publique.

 

La prévention et la préparation sont au cœur de la santé publique
La gestion du risque est notre pain quotidien

« Les informations sur la variabilité et les changements climatiques sont un outil scientifique puissant pour nous aider dans cette tâche », a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS. « Le climat a un impact important sur la vie et la survie des populations. Les services climatologiques peuvent donc avoir des effets profonds sur l’amélioration de la vie, également en faisant progresser la situation sanitaire. »

UN OUTIL INNOVANT AU SERVICE DE LA PRÉVENTION DES RISQUES CLIMATIQUES

« Le renforcement de la coopération entre les communautés de la météorologie et de la santé est essentiel pour garantir l’intégration d’informations actualisées, précises et pertinentes sur le temps et le climat dans la gestion de la santé publique aux niveaux international, national et local. Cet Atlas est un exemple innovant et pratique de la manière dont nous pouvons collaborer pour mieux servir la société », a déclaré Michel Jarraud, Secrétaire général de l’OMM.

Un grand nombre de cartes, tableaux et graphiques réunis dans l’Atlas rendent plus explicites les liens entre la santé et le climat.

– Dans certains endroits, l’incidence de maladies infectieuses, comme le paludisme, la dengue, la méningite et le choléra, peut varier d’une saison à l’autre d’un facteur allant jusqu’à 100, ainsi que d’une année à l’autre, selon le temps et les conditions climatiques. Le renforcement des services climatologiques dans les pays d’endémie peut aider à prévoir l’apparition, l’intensité et la durée des épidémies.

– Des études de cas illustrent comment la collaboration entre les services de météorologie, d’urgence et de santé sauve déjà des vies. Par exemple, le bilan de cyclones d’intensité similaire au Bangladesh est passé d’environ 500 000 morts en 1970 à 140 000 en 1991, puis 3000 en 2007, en grande partie grâce à la préparation et à l’amélioration des systèmes
d’alerte précoce.

– Les canicules extrêmes, que l’on attend pour l’instant à une fréquence d’une fois tous les 20 ans, pourraient se produire en moyenne tous les 2 à 5 ans d’ici le milieu de ce siècle. Parallèlement, on observera quasiment un quadruplement du nombre de personnes âgées vivant dans les villes (l’un des groupes de populations les plus vulnérables au stress thermique), qui passera de 380 millions en 2010 à 1,4 milliard en 2050. La coopération entre les services climatologiques et ceux de la santé peut déclencher des mesures pour mieux protéger les populations en période d’événement climatique extrême.

– Le passage à des sources d’énergie propres dans les maisons atténuerait le changement climatique et sauverait la vie d’environ 680 000 enfants par an en réduisant la pollution de l’air. L’Atlas montre également comment les services de météorologie et de santé peuvent collaborer pour surveiller la pollution de l’air et ses conséquences sur la santé.

– De plus, cet outil unique montre comment la relation entre la santé et le climat dépend d’autres vulnérabilités, comme celles créées par la pauvreté, la dégradation de l’environnement et la mauvaise qualité des infrastructures, notamment en matière d’eau et d’assainissement.

Les inondations augmentent également en fréquence et en intensité. Elles contaminent les sources d’eau douce, accroissent le risque de maladies à transmission hydrique

PRINCIPAUX FAITS

– Le changement climatique influe sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé : air pur, eau potable, nourriture en quantité suffisante, sécurité du logement.

– Entre 2030 et 2050, on s’attend à ce que le changement climatique entraîne près de 250 000 décès supplémentaires par an, dus à la malnutrition, au paludisme, à la diarrhée et au stress lié à la chaleur.

– On estime que le coût des dommages directs pour la santé (à l’exclusion des coûts dans des secteurs déterminants pour la santé tels que l’agriculture, l’eau et l’assainissement) se situe entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici 2030.

– Les zones n’ayant pas de bonnes infrastructures de santé, pour la plupart dans les pays en développement, seront les moins en mesure de se préparer et de faire face à la situation sans assistance.

– La réduction des émissions de gaz à effet de serre, en élargissant le choix des transports, de l’alimentation et des énergies, peut entraîner une amélioration de la santé.

• Changement climatique

Ces cinquante dernières années, les activités humaines, avec, en particulier, l’utilisation des combustibles fossiles, ont rejeté des quantités suffisantes de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre pour retenir davantage de chaleur dans les couches basses de l’atmosphère et avoir une incidence sur le climat mondial.

Au cours des cent dernières années, la température a augmenté d’environ 0,75°C dans le monde. Ces 25 dernières années, le rythme s’est accéléré et on est à plus de 0,18°C de réchauffement par décennie.

Le niveau des mers s’élève, les glaciers fondent et la répartition des précipitations change. Les événements météorologiques extrêmes augmentent en intensité et en fréquence.

• Quel est l’impact du changement climatique sur la santé ?

Bien que le réchauffement climatique puisse présenter localement quelques avantages, comme une baisse de la mortalité hivernale dans les zones tempérées ou une augmentation de la production vivrière dans certaines régions, ses effets risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs. Le changement climatique influe sur les déterminants sociaux de la santé : air pur, eau potable, nourriture en quantité suffisante et sécurité du logement.

• Chaleur extrême

Les températures caniculaires contribuent directement à la mortalité par maladies cardiovasculaires ou respiratoires, en particulier chez les personnes âgées. Lors de la canicule de l’été 2003 en Europe, on a ainsi enregistré plus de 70 000 décès supplémentaires. La teneur de l’air en ozone et autres polluants, qui exacerbent les maladies cardiovasculaires et respiratoires, augmente aussi avec la température.

Les concentrations en pollen et autres aéroallergènes sont également plus élevées en cas de chaleur extrême. Elles peuvent alors déclencher des crises d’asthme, une maladie dont souffrent environ 300 millions de personnes. L’accroissement des températures devrait augmenter cette charge de morbidité.

Au niveau des politiques comme des choix individuels, il y a de nombreuses possibilités de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’obtenir parallèlement des résultats positifs pour la santé.

• Catastrophes naturelles et variation des précipitations

Dans le monde, le nombre des catastrophes naturelles liées à la météorologie a plus que triplé depuis les années 1960. Chaque année, ces catastrophes ont provoqué plus de 60 000 décès, principalement dans les pays en développement.

L’élévation du niveau des mers et le nombre croissant d’événements climatiques extrêmes détruiront des logements, des établissements médicaux et d’autres services essentiels. Plus de la moitié de la population mondiale vit à moins de 60 km de la mer. Les popu- lations seront contraintes de se déplacer, ce qui renforcera divers risques sanitaires, allant des troubles de la santé mentale aux maladies transmissibles.

Le caractère de plus en plus aléatoire des précipitations aura probablement des effets sur l’approvisionnement en eau douce. Le manque d’eau salubre peut compromettre l’hygiène et augmenter le risque de maladies diarrhéiques qui tuent près de 600 000 enfants âgés de moins de 5 ans par an. Dans les cas extrêmes, la pénurie d’eau aboutit à la sécheresse et à la famine. Il est probable que, d’ici 2090, le changement climatique étende les zones affectées par les sécheresses, double la fréquence des sècheresses extrêmes et multiplie par six leur durée moyenne.

Les inondations augmentent également en fréquence et en intensité. Elles contaminent les sources d’eau douce, accroissent le risque de maladies à transmission hydrique et créent des gîtes larvaires pour des insectes vecteurs de maladies tels que les moustiques. Elles provoquent également des noyades et des traumatismes physiques, endommagent les logements et perturbent la prestation des services de soins et de santé.

L’augmentation des températures et les aléas des précipitations entraîneront probablement une diminution de la production vivrière dans de nombreuses régions parmi les plus démunies, jusqu’à 50% d’ici 2020 dans certains pays africains. Il en résultera une prévalence accrue de la malnutrition et de la dénutrition, actuellement à l’origine de 3,1 millions de décès par an.

• Caractéristiques des infections

Les conditions météorologiques influent fortement sur les maladies à transmission hydrique et celles véhiculées par les insectes, les gastéropodes ou d’autres animaux à sang froid.
Le changement climatique allongera probablement la saison de transmission de certaines grandes maladies à transmission vectorielle et modifiera leur répartition géographique. Selon les projections, la Chine, par exemple, connaîtra une extension sensible de sa zone d’endémie de la schistosomiase, maladie transmise par des gastéropodes.

Le climat exerce aussi une forte influence sur le paludisme. Transmis par des moustiques du genre anophèles, il tue près de 800 000 personnes par an, pour la plupart des enfants africains de moins de 5 ans. Les moustiques du genre aedes, vecteurs de la dengue, sont également très sensibles aux conditions météorologiques. Selon certaines études, 2 milliards de personnes de plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici les années 2080.

• Mesure des effets sur la santé
Le changement de comportement influera sur les déterminants sociaux de la santé : air pur,
eau potable…

La mesure des effets du changement climatique sur la santé ne peut être que très approximative. Néanmoins, l’OMS, dans une évaluation prenant en compte seulement un petit groupe d’effets possibles sur la santé et prenant pour hypothèse la poursuite de la croissance économique et des progrès sanitaires, a conclu que le changement climatique pourrait entraîner environ 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050 : 38 000 dus à l’exposition à la chaleur des personnes âgées, 48 000 dus à la diarrhée, 60 000 dus au paludisme et 95 000 dus à la sous-alimentation des enfants.

• Qui est exposé au risque ?

Toutes les populations ressentiront les effets du changement climatique, mais certaines sont plus vulnérables que d’autres. Celles qui vivent dans de petits états insulaires en développement ou dans d’autres régions côtières, dans les mégapoles, dans les régions montagneuses et dans les zones polaires sont particulièrement vulnérables.

Les enfants, en particulier ceux qui vivent dans les pays pauvres, sont parmi les plus vulnérables aux risques sanitaires qui vont en résulter et seront plus longtemps exposés à en subir les conséquences. Les effets sanitaires devraient être aussi plus graves pour les personnes âgées et les sujets présentant des infirmités ou des états pathologiques préexistants. Les zones n’ayant pas de bonnes infrastructures de santé, pour la plupart dans les pays en développement, seront les moins en mesure de se préparer et de faire face à la situation sans assistance.

ACTION DE L’OMS

Au niveau des politiques comme des choix individuels, il y a de nombreuses possibilités de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’obtenir parallèlement des résultats positifs pour la santé. En favorisant, par exemple, des sources d’énergie plus propres, la sécurité des transports publics et certains modes actifs de déplacement, comme la marche ou la bicyclette, au lieu d’utiliser des véhicules privés, on pourrait réduire les émissions de dioxyde de carbone et la pollution de l’air dans les habitations, qui sont la cause de 4,3 millions de décès par an, ainsi que la pollution atmosphérique, cause d’environ 3,7 millions de décès par an.

L’Assemblée mondiale de la Santé a approuvé un nouveau Plan de travail de l’OMS sur le changement climatique et la santé. Il prévoit des actions de :

  • Sensibilisation : pour faire savoir que le changement climatique représente une menace fonda- mentale pour la santé de l’homme ;
  • Partenariats : pour se concerter avec des institutions partenaires au sein du système des Nations Unies et veiller à ce que la santé figure en bonne place à l’ordre du jour du changement climatique ;
  • Collecte des données scientifiques : pour coordonner les examens des preuves scientifiques des liens entre le changement climatique et la santé et élaborer un programme mondial de recherches ;
  • Renforcement des systèmes de santé : pour aider les pays à évaluer leurs vulnérabilités sanitaires et à se doter des capacités pour réduire leur vulnérabilité au changement climatique.

D’ici 2090, le changement climatique étendra les zones affectées par les sécheresses, doublera la fréquence des sècheresses extrêmes et multipliera par six leur durée moyenne.

 

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Erosion du littoral, un phénomène mondial

une cartographie normalisée de l’évolution du trait de côte est en cours

L’érosion du littoral est un phénomène naturel et/ou anthropique qui se produit en de nombreux endroits du monde. La légère montée des océans ou des phénomènes de rééquilibrage isostatique peuvent induire un recul du littoral non compensé par l’engraissement local, de même que la disparition (à cause d’un nettoyage trop actif) de végétaux stabilisant les vases, dunes ou arrière-plages, ou encore une diminution des apports terrigènes en sable à la suite de la construction de nombreux barrages dans les bassins-versants des fleuves.

Pour répondre aux besoins d’états de lieux et de prospective face, notamment, au dérèglement climatique et à la montée de la mer, une cartographie normalisée de l’évolution du trait de côte est en cours.

LE PHÉNOMÈNE

La mobilité des dunes, des estuaires et du trait de côte est naturelle. Elle résulte de l’action combinée des vagues, du vent, des courants et des flores fixatrices des sables et vases là où elles existent.

Elle est plus importante sur les substrats mous (sable) et il est possible que le nettoyage des plages, en détruisant les laisses de mer qui servaient de nourriture aux microorganismes vivant dans le sable, y contribuent, de même que le réchauffement climatique, en augmentant le niveau de l’eau et la force des aléas climatiques.

– Les aménagements portuaires ou de digues ont, parfois, des effets spectaculaires par les modifications des courants qu’ils induisent.

– Les gravières sous-marines peuvent aussi avoir des effets différés en termes de mouvements de sédiments.

– Des pompages ou drainages peuvent aussi indirectement modifier l’érosion de certaines falaises en y produisant des phénomènes de solifluxion ou des effets plus vifs du gel/dégel et des sécheresses (alternances de retraits et gonflements, par exemple).

– Sur les plages et face aux dunes, certains ouvrages de protection (épis, par exemple) se sont eux-mêmes montrés capables de modifier les courants et de sur-creuser des plages ou des vasières plus en aval.

– La destruction des mangroves est un des principaux facteurs de ce recul en zone tropicale.

– Localement, des évènements tels que les tsunamis peuvent emporter des portions entières de littoraux.

Déjà, en 2006, l’IFEN estimait que :

  • 25% du trait de côte reculaient, alors que seuls 10% engraissaient et ce, malgré les ouvrages de défense contre l’érosion des plages et bancs de galets ;
  • 25,9% des côtes érodées étaient des zones urbanisées ou commerciales ou artificialisées ;
  • 9,7% étaient des terres labourées ;
  • 17,4% sont des plages et dunes.

 

Du point de vue du pourcentage des plages stables, dégraissant ou engraissant, le phénomène semble stable depuis 20 ans sur tout le littoral métropolitain, mais l’ampleur des reculs et avancées semble augmenter.

Ainsi, en Aquitaine, le trait de côte a reculé sur plusieurs zones de 10 mètres ou plus, en raison des vents et d’une houle inhabituellement forte fin 2013-début 2014. Du 14 décembre au 8 janvier, la hauteur de houle a atteint ou dépassé quatre mètres 60% du temps ; c’est « un phénomène qui ne s’est jamais pro- duit » en Aquitaine, selon les spécialistes. Le Conservatoire du littoral et des espaces lacustres a ainsi perdu une quantité significative de terrains.

Les aménagements portuaires ou de digues ont, parfois, des effets spectaculaires par les modifications des courants qu’ils induisent

La Normandie connaît une importante érosion de son littoral, en grande partie liée à l’anthropisation. 60% des plages normandes tendent à reculer. L’érosion du littoral est la plus active entre la baie du Mont Saint-Michel et le cap de la Hague, à l’Ouest du département de la Manche : le recul peut y atteindre cinq mètres par an en moyenne. Sur les falaises de craie de Seine-Maritime, le recul est de 20 cm/an en moyenne.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, où 70% environ du trait de côte est en régression, un « Plan littoral d’action pour la gestion de l’érosion » (PLAGE) a été mis en place, avec le Syndicat mixte de la Côte d’Opale.

La loi Littoral est une loi française visant à encadrer l’aménagement de la côte pour, notamment, la protéger des excès de la spéculation immobilière.

Le Grenelle de la Mer a estimé qu’elle était insuffisamment appliquée, mais souligne aussi un « manque de coordination entre les communes d’une même partie du littoral concernée par ledit processus physique : la création d’épis ou d’autres ouvrages de défense contre la mer sur une commune ayant des conséquences sur les communes voisines devrait, pour être efficace, s’inscrire dans une démarche globale et cohérente. Les risques littoraux (érosion, submersion…) ne sont pas pris en compte dans les SCOT. Le risque corrélatif d’ensablement ou d’envasement de certaines zones est également décrit et invite à cette vision globale et de réseaux de suivi pour évaluer ces risques ». Le Centre d’études techniques maritimes et fluviales (CETMEF) peut aider les collectivités quant aux aspects techniques.

Le Grenelle de la Mer suggère aussi de mieux « apprécier l’impact de l’extraction des granulats sur l’évolution du trait de côte et sur les écosystèmes », soulignant que, « compte tenu de la raréfaction des ressources terrestres, cette activité est amenée à se développer (actuellement : 1% de granulats marins au regard de la production totale de granulats en France, à comparer avec les 20% en Grande-Bretagne et les 40% aux Pays-Bas). Les conditions de l’exploitation doivent être très strictes au regard de l’impact sur les milieux marins et littoraux et autorisée sur des zones restreintes, afin que son dévelop- pement économique et durable puisse faire l’objet d’une programmation ».

GUIDES ET GESTION DES RISQUES

Concernant l’évaluation du niveau de risque, les méthodes de caractérisation des aléas littoraux ont beaucoup évolué en intégrant les progrès de la modélisation et une caractérisation des zones de vulnérabilité.

• En Europe, alors qu’environ 70 des 455 millions d’habitants vivent sur le littoral (soit 16% de la po- pulation) et que de plus en plus de gens veulent y vivre ou finir leurs jours, un guide a été produit en 2004 à la suite du projet « Eurosion », soutenu par la Commission européenne, sur la protection des biens et des personnes contre les ondes de tempête, l’intrusion d’eaux marines, la pollution par les engrais, pesticides et autres polluants apportés en mer par les fleuves et les crues, et pour la réhabilitation des services éco-systémiques fournis par les écosystèmes littoraux.

• En France, un guide de la gestion du trait de côte (avec une version numérique) a été élaboré par le ministère chargé de l’Ecologie en 2010 pour faciliter l’aide et la décision, via une méthodologie de choix et de mise en œuvre d’options de gestion du trait de côte, et une description des techniques de défense contre la mer (et de leurs limites). Il s’inscrit dans un projet de stratégie nationale de gestion du trait de côte, intégrant une gestion plus « naturelle » ou un recul stratégique et une défense contre la mer prenant en compte le changement climatique.

 

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