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L’hydrogène a le potentiel pour changer la donne

Kadri SIMSON, commissaire à l'ÉNERGIE

Kadri Simson, Commissaire à l’Énergie fait le plein d’une voiture à hydrogène 

Nous avons pour objectif une Europe climatiquement neutre d’ici 2050.

Cela ne nous donne que trente ans pour transformer notre système énergétique du modèle actuel à un système plus vert et plus efficace.

Nous avons récemment proposé une hausse d’ambition pour la prochaine étape du voyage, à savoir nos objectifs pour 2030. Nous nous engageons à réduire d’au moins 55 % les émissions de gaz à effet de serre. Cela signifie que nous devons accélérer le rythme de la transition et explorer de nouvelles solutions.

Dans ce contexte, l’hydrogène a le potentiel pour changer la donne et, en Europe, nous voulons être les premiers à prendre les devants. Le moment est venu :

  1. 1. Jamais auparavant notre ambition et notre détermination pour la transition vers une énergie propre n’ont été aussi élevées. Cela donnera à notre industrie et à nos investisseurs la certitude de mettre leurs ressources humaines et financières au service de solutions révolutionnaires.
  2. 2. Jamais auparavant les énergies renouvelables n’ont été aussi bon marché : l’énergie solaire et l’éolien terrestre sont, en de nombreux endroits, totalement compétitifs, voire moins chers que l’électricité conventionnelle et les prix de l’éolien offshore ont chuté de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie. Cette tendance est vouée à se poursuivre.
  3. 3. La stratégie sur l’hydrogène est la première fois que nous examinons l’hydrogène dans une perspective globale, en considérant en particulier le potentiel de l’hydrogène renouvelable pour décarboniser des secteurs difficiles comme l’industrie et les transports, tout en contribuant à la gestion de notre système électrique et en assurant le stockage.

Aujourd’hui, l’hydrogène est principalement une matière première dans l’industrie et est produit à partir du gaz naturel.

À l’avenir, l’hydrogène deviendra un nouveau vecteur d’énergie propre, au même titre que l’électricité.

Dans cette optique, nous avons défini trois étapes claires dans notre stratégie sur l’hydrogène que nous avons présentée en juillet :

Premièrement, nous devons augmenter l’offre et la demande en parallèle.

En ce qui concerne l’offre, nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux visant à atteindre une capacité d’électrolyse de 6 GW d’ici 2024 et de 40 GW d’ici 2030. La production d’électrolyseurs doit être davantage industrialisée pour atteindre cette capacité, ce qui permettra de réduire encore les coûts. En fait, l’hydrogène renouvelable, produit à partir de l’eau et de l’électricité verte, devrait surpasser l’hydrogène conventionnel à partir de 2030. Pour lancer ce processus, nous avons lancé les premiers appels à propositions pour financer de tels projets sur le budget de l’UE, dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020 et du Fonds d’innovation.

Aujourd’hui, nous consommons environ 10 millions de tonnes d’hydrogène conventionnel en Europe, ce qui crée encore des émissions. Les technologies de capture du carbone peuvent contribuer à décarboniser rapidement cette production existante, tandis que les volumes d’hydrogène renouvelable augmentent.

En ce qui concerne la demande, nous prévoyons que dans un avenir proche, la demande locale se développera dans un premier temps. Plus tard, à partir du milieu des années 2020, de nouveaux secteurs comme la sidérurgie ou certains domaines du transport se tourneront probablement vers l’hydrogène propre pour remplacer leur demande actuelle en charbon et en pétrole. Pour ce faire, nous allons certainement investir dans plus de recherche, mais nous allons aussi travailler sur des normes, des certifications et une terminologie communes. Cela sera important pour stimuler la demande d’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone et pour promouvoir la transparence et le commerce. Pour garantir que ces formes d’hydrogène puissent être compétitives sur le marché, nous piloterons un programme de contrats carbone pour la différence afin de combler l’écart de coût actuel entre les formes d’hydrogène conventionnelles et plus propres.

Après avoir amélioré l’offre et la demande, la deuxième étape consistera à créer des marchés et des infrastructures compétitives pour le commerce transfrontalier de l’hydrogène. Plusieurs stratégies nationales en matière d’hydrogène ont défini un champ d’action clair pour la coopération et le commerce au niveau de l’UE et au niveau international : ces plans impliquent que l’hydrogène franchira un jour les frontières. Le rapport coût-efficacité étant important, nous envisagerons d’utiliser les actifs existants, comme notre réseau de gazoducs, qui peuvent être adaptés à l’hydrogène à un coût relativement faible, notamment par rapport aux nouvelles infrastructures.

Pour que le commerce transfrontalier de l’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone soit fiable, nous aurons besoin de règles appropriées. Lorsque je parle de commerce, je ne veux pas seulement dire au sein de l’UE, mais aussi avec nos partenaires internationaux, à commencer par notre proche voisinage, en particulier le Maroc et l’Ukraine. Nous avons intérêt à placer l’hydrogène en tête du programme de dialogue structuré sur l’énergie avec des pays tels que les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Nous devons également renforcer notre engagement dans les grandes initiatives multilatérales, telles que le partenariat international pour l’hydrogène dans l’économie, la conférence ministérielle sur l’énergie propre et la mission d’innovation. Nous devrions profiter de ces discussions pour créer un marché mondial fondé sur des règles pour les solutions à base d’hydrogène, y compris des normes de sécurité et environnementales harmonisées. Si nous faisons bien les choses et prenons l’initiative, nous pourrons établir des points de référence, en donnant à notre monnaie, l’euro, un rôle plus important.

La troisième étape de notre stratégie est notre travail continu pour maintenir l’industrie en Europe.

Nous mettons en place l’Alliance européenne de l’hydrogène dans le cadre d’une approche stratégique de la chaîne de valeur complète qui devrait permettre de constituer une solide réserve de projets pour l’hydrogène propre en Europe.

Le budget de l’Union européenne sera à la base de cette initiative. Le plan de relance proposé, NextGeneration EU, tout comme le budget général, aura réservé des fonds pour atteindre les objectifs climatiques du Green Deal européen. La Commission travaillera en étroite collaboration avec les États membres pour veiller à ce que les mesures nationales mettent fortement l’accent sur les projets liés à l’hydrogène.

La facilité d’investissement stratégique que la Commission a proposée pourra débloquer 150 milliards d’euros pour investir dans des technologies et des chaînes de valeur clés, comme les technologies de l’hydrogène.

Grâce à cette approche écosystémique, nous devrions être en mesure de mieux exploiter le leadership industriel de l’UE.

Pour tout cela, nous avons commencé à revoir la législation européenne actuelle. Nous nous penchons sur la législation relative aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, aux réseaux transeuropéens et au marché intérieur du gaz dans le but de voir comment nous pouvons introduire un cadre réglementaire solide pour les nouveaux développements que nous attendons et encourageons.

Cela m’amène à un autre point important : l’hydrogène est une opportunité universelle. Chaque État membre peut tirer profit du développement de l’hydrogène dans son économie.

Nos économies sont soumises à d’énormes pressions et se remettent encore des effets dévastateurs de la pandémie COVID-19. La mise en place d’une industrie de l’hydrogène compétitive peut nous donner un coup de fouet bien nécessaire. On estime que chaque milliard d’investissements que nous serons en mesure d’attirer dans le domaine de l’hydrogène renouvelable créera 10 000 emplois tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

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